Christian Brunier met la pression sur les élus socialistes
L’ancien directeur général des SIG recadre Alberto Velasco qui avait dénoncé des «magouilles» à la régie publique. L’élu socialiste s’indigne d’une forme de pression exercée au sein de sa famille politique.
«Moi qui étais dans le privé, je n’ai pas vu autant de magouilles!» C’était il y a quelques jours, sur notre antenne. Le député socialiste Alberto Velasco réagissait à nos révélations concernant l’avocat choisi par la régie publique pour auditer l’affaire de népotisme. Présenté comme externe et indépendant, cet homme de loi avait pourtant travaillé à neuf reprises pour la régie publique depuis 2016, dont trois fois comme avocat des SIG dans des procédures judiciaires.
Si Alberto Velasco, dans sa charge, critiquait d’abord le président du conseil d’administration, Robert Cramer, c’est Christian Brunier qui fut piqué au vif. Furieux, l’ancien patron a donc pris sa plume pour mettre sous pression le député. Dans cette missive envoyée le 11 septembre, il écrit: «Cher Alberto, avant de t’associer à ce lynchage médiatique, tu aurais pu simplement m’interroger.»
«Oui, j’ai recommandé des candidatures; toujours sans imposer de choix»
Suivent des justifications diverses. Sur le favoritisme, Christian Brunier admet avoir suggéré sans exhorter: «Oui, j’ai recommandé des candidatures; toujours sans imposer de choix.» A propos du choix des enquêteurs mandatés pour les audits, il balaye les critiques: «Durant mes onze années à la direction générale, je n’ai pas désigné une seule étude d’avocats; (…) Je ne connaissais donc pas les enquêteurs, ni pour l’audit, ni pour l’enquête.»
Enfin, il finit par attaquer Léman Bleu, se disant victime d’un harcèlement médiatique: «Léman Bleu Télévision» choisit de discréditer le sérieux des investigations. Cette attitude relève d’une logique complotiste inacceptable.» Il termine en rappelant son engagement sans failles pour la régie, qui aura conduit à des performances laissant chacun admiratif.
Alberto Velasco n’a pas été le seul destinataire de ce mail pourtant adressé personnellement. Christian Brunier a choisi de l’envoyer au chef de groupe socialiste au Grand Conseil, ainsi qu’à quatre élus socialistes et Verts, membres de la commission de contrôle de gestion. Ce n’est sans doute pas un hasard, puisque c’est précisément celle qui s’est saisie des affaires concernant SIG. Difficile de ne pas y voir une volonté de mettre la pression sur le travail d’enquête des élus. Les députés socialistes Sylvain Thévoz et Grégoire Carasso, ainsi que l’ancien conseiller administratif Sami Kanaan, ont eux aussi reçu le même genre de courrier.
«Comme il est socialiste, je devrais m’abstenir de le critiquer? Mais on est où, là? On en est où?»
Cette missive, largement diffusée, n’est pas de nature à intimider Alberto Velasco, connu pour sa liberté de parole. Mais il s’indigne de ce recadrage: «Si un militant socialiste, quel qu'il soit, commet une infraction dans le cadre de sa fonction publique, pourquoi ne pourrait-on pas le critiquer? Pourquoi? Parce qu'il est socialiste? S'il était libéral, je pourrais le critiquer. S'il était, je ne sais pas, MCG, je pourrais le critiquer. Mais comme il est socialiste, je devrais m’abstenir? Mais on est où, là? On est où? Quand on est à gauche, on doit être encore beaucoup plus sévère avec les militants.»
Contacté, le président du PS et membre de la commission de gestion, Thomas Wenger, n’a pas souhaité s’exprimer. La commission en question mène actuellement des investigations sur plusieurs sujets touchant les SIG. Elle vient d’ailleurs de recevoir de nouvelles alertes d’un ancien cadre. Devant cette avalanche de questionnements et de doutes, elle pourrait étendre ses enquêtes et éventuellement créer une sous-commission chargée de faire la lumière. Ou rien de tout cela.