Christina Kitsos sur la Fête des écoles: «Maintenir une tradition qui date de Jean Calvin»
La Maire de Genève et magistrate en charge de la cohésion sociale Christina Kitsos défend sa vision d’une ville pensée pour les enfants, à l'occasion d'un grand entretien lors de la Fête des écoles. Elle évoque l’idée de faire s'élancer, à l'avenir, le cortège le samedi en matinée au lieu du mercredi.
Les températures caniculaires ont eu raison du traditionnel cortège de la Fête des écoles cette année. Pas de défilé dans les rues du centre-ville, mais une fête maintenue dans le parc des Bastions, à l’ombre des grands arbres. «On a la chance d’avoir ce magnifique parc avec un patrimoine arboré. Tout de suite, cela fait la différence en cas de forte chaleur», relève Christina Kitsos. Malgré l’annulation du cortège, la Maire estime que l’essentiel est préservé: «Dans la vie, c’est souvent le jeu, la joie et l’échange qui font la différence.»
La question du maintien de cette grande fête populaire revient régulièrement dans le débat public. Certains plaident pour une formule plus décentralisée. La magistrate rappelle toutefois que les écoles ont déjà la possibilité d’organiser leur propre fête si elles le souhaitent, tout en défendant le caractère symbolique du rassemblement aux Bastions.
Un cortège qui traverse les générations
«Ce qui est important avec cette fête, c’est de maintenir une tradition qui remonte à Jean Calvin et de rendre l’espace public aux enfants», souligne-t-elle. Pour elle, le cortège demeure un moment rare où «les rues sont aux enfants» et où toute la ville vit au rythme de leur fête.
La Maire reconnaît toutefois l’existence de sensibilités divergentes, notamment chez les syndicats. Une réflexion sur l’avenir de la manifestation pourrait avoir lieu, mais uniquement avec l’ensemble des acteurs concernés. «Peut-être qu’on pourrait imaginer le cortège à un autre moment, par exemple un samedi matin. Mais il faut que tout le monde soit partie prenante», estime-t-elle.
Pour Christina Kitsos, l’attachement des enfants ne fait aucun doute. «Ils adorent préparer leur déguisement, le montrer, défiler. Ils sont fiers de ce moment collectif». Une émotion qu’elle dit partager elle-même, se souvenant encore avec précision de ses propres «promotions» à La Chaux-de-Fonds.
«L’éveil culturel dès la naissance est primordial»
Au-delà de la fête des écoles, l’année scolaire de Christina Kitsos, magistrate en charge de la cohésion sociale, a été marquée par une série d’initiatives consacrées au jeu, à la culture et à l’enfance.
La magistrate revendique une politique ambitieuse d’éveil culturel précoce. «La culture doit être aussi naturelle que respirer», affirme-t-elle, reprenant les travaux de spécialistes des neurosciences qui mettent en avant les bénéfices de la musique, du théâtre ou de la danse sur le développement cognitif et émotionnel.
Selon elle, la culture constitue aussi un puissant levier d’égalité sociale. «Rendre accessible la culture dès le plus jeune âge est un enjeu de justice sociale. Tous les enfants n’y ont pas accès de la même manière dans leur environnement familial.»
Après une première édition consacrée à la musique, la prochaine Semaine de l’éveil culturel mettra à l’honneur la danse et le théâtre. Des partenariats ont déjà été noués avec plusieurs institutions culturelles genevoises.
Écrans: «Le but n’est pas d’être technophobe»
Autre sujet de préoccupation majeur: la place des écrans dans la vie des enfants. Face aux inquiétudes croissantes autour du harcèlement en ligne, du sommeil ou de l’isolement, la Ville de Genève a renforcé sa collaboration avec la fondation Action Innocence. Colloques, expositions itinérantes, interventions dans les écoles et activités alternatives sont déployés pour sensibiliser parents et professionnels. «Le but n’est pas de diaboliser les écrans ni d’être technophobe», insiste Christina Kitsos.
Elle rappelle toutefois les recommandations des spécialistes: éviter les écrans avant trois ans et veiller ensuite à maintenir un équilibre avec les activités sportives, culturelles et sociales. «Il faut s’assurer que les enfants dorment, mangent, aient des activités et ne s’enferment pas dans les écrans», résume-t-elle.
Des préaux transformés face à la chaleur
L’adaptation au changement climatique constitue également l’un des grands chantiers municipaux. La Ville prévoit le réaménagement de neuf préaux scolaires. L’objectif : davantage d’arbres, de zones ombragées, de surfaces perméables et de points d’eau.
«En ville de Genève, avec le béton et la pollution, les effets du réchauffement climatique sont particulièrement sensibles», observe la maire. Les futurs aménagements seront conçus avec la participation des enfants, des écoles et des habitants des quartiers concernés. «Nous sommes arrivés à un moment où il faut vraiment végétaliser et planter des arbres», estime-t-elle.
La pression démographique reste forte
L’autre défi auquel la Ville doit faire face est celui de la croissance des effectifs scolaires. Malgré la baisse de la natalité observée ces dernières années, les écoles genevoises continuent d’accueillir entre 100 et 200 élèves supplémentaires chaque année. Une situation liée notamment au développement de nouveaux quartiers comme le PAV, les Eaux-Vives ou le Petit-Saconnex.
Pour absorber cette croissance, des pavillons provisoires ont été installés dans plusieurs établissements. «Quelques années, cinq à dix ans», répond Christina Kitsos lorsqu’on l’interroge sur leur caractère temporaire. La Ville mise toutefois sur des constructions pérennes et sur la création d’établissements davantage intégrés à leur environnement naturel. L’acquisition récente du Cénacle, destiné à devenir une école au cœur d’un parc, s’inscrit dans cette logique.
Parallèlement, la municipalité tente de rattraper son retard dans l’entretien du patrimoine scolaire. «Nous avons encore un retard important dans les rénovations», reconnaît la Maire, tout en soulignant les moyens supplémentaires récemment accordés pour accélérer les travaux.
À quelques semaines de la rentrée, Christina Kitsos sait que l’été sera studieux. «La rentrée se prépare dès maintenant».