Genève

Clim: la canicule met l’État face à ses contradictions

03.08.2026 17h16 Laure Lugon, Gilles Miélot

dfdfdfd

Malgré des conditions très restrictives en matière de climatiseurs, beaucoup cèdent à la tentation de se rafraîchir par ce moyen. Même les employés de l’État qui est à l’origine des prescriptions sévères. Incohérence ou hypocrisie? Réactions politiques.

Des clims en veux-tu, en voilà. Des tuyaux qui sortent des fenêtres, des installations bricolées, d’autres fixes malgré leur interdiction. Durant cet été caniculaire, chacun se débrouille comme il peut.

Les services et départements de l’État ne font pas exception. En Vieille-Ville, de nombreux serpentins sont visibles. Ces climatiseurs sont peu efficaces et très énergivores. Comme Genève est le canton le plus restrictif en matière d’autorisations pour les climatiseurs fixes, beaucoup recourent à ces installations mobiles, y compris au sein de l’État.

«Il fait chaud pour tout le monde, pour l'État, pour les hôpitaux, pour les EMS, mais aussi pour monsieur et madame Tout-le-Monde à la maison»

Un «fais ce que je dis, pas ce que je fais» qui agace la droite. Car c’est bien le politique qui a banni la clim. «Le réalisme a pris le dessus. L'État se permet d'installer ce qu'il peut installer, puisqu'il est un peu jugé parti dans cette affaire, estime Jacques Blondin, député du Centre au Grand Conseil. Je ne le conteste pas, je ne le condamne pas, parce qu'il fait chaud. Mais il ne fait pas chaud qu'à l'État, il fait chaud partout. Les temps ont changé. On se chauffe l'hiver parce qu'il fait froid et on doit admettre qu'on doit climatiser l'été parce qu'il fait chaud. Il fait chaud pour tout le monde, pour l'État, pour les hôpitaux, pour les EMS, mais aussi pour monsieur et madame Tout-le-Monde à la maison.»

La semaine dernière, sur Léman Bleu, la conseillère d’État Delphine Bachmann a fait un pas pour desserrer l’étau. Elle a proposé de renoncer à la preuve du besoin, qui oblige actuellement à démontrer qu’on est une personne vulnérable, certificat médical à l’appui, pour obtenir l’autorisation d’installer une clim fixe: «La question de la preuve du besoin ne fait plus sens aujourd'hui. Pourquoi? Parce que si on prend les critères, rien qu'avec les épisodes caniculaires que nous venons de vivre, ces critères sont atteints.» Selon la ministre chargée de l’énergie, les autorisations, aujourd’hui déjà, pourraient être obtenues sans faire valoir un besoin lié à l’âge ou la maladie, par exemple.

«Nous avons toujours prôné des mesures alternatives. Par exemple, le télétravail pour éviter d'avoir des clims mobiles, notamment dans les bâtiments de l'État»

Une proposition plébiscitée par son camp politique: «Il faut donc laisser tomber cette preuve. J’en suis très heureux. Maintenant, il reste à savoir comment et quels seront les critères qui seront adoptés par l'État pour faciliter les installations. Pour moi, chez tout un chacun, en sachant qu'on a aussi de l'énergie solaire qui permet d'avoir des bilans énergétiques très satisfaisants.»

Chez les Verts, la musique n’est pas la même. Après avoir lutté farouchement contre la climatisation, ils se montrent désormais d’accord d’en discuter. Mais d’assouplir les conditions, pas vraiment. Angèle-Marie Habiyakare, députée Verte, propose d’autres pistes: «Ce problème vient d'un symptôme: le manque de mesures en matière de lutte contre le réchauffement. Nous avons toujours prôné des mesures alternatives. Par exemple, le télétravail pour éviter d'avoir des clims mobiles, notamment dans les bâtiments de l'État. On devrait aussi revoir les horaires de travail, peut-être travailler un peu plus tôt. Je sais que l’OCIRT a envoyé des mesures, mais est-ce qu'elles sont réellement appliquées? Et modulables dans tous les secteurs? Ce sont ces questions qu'on se pose.» Pour la députée, l’État porte aussi une part de responsabilités: «Nous avons voté un milliard énergétique. Ça avance, mais pas suffisamment rapidement.»

Pour les écologistes, les besoins individuels ne doivent pas supplanter la lutte contre le changement climatique: «C'est clair que nous avons toujours prôné des mesures qui prennent en compte le collectif. Parce que la clim mobile vient répondre à un besoin individuel du moment que tout le monde peut ressentir. Mais il faut penser le problème collectivement. Et les clims mobiles ne sont pas la réponse collective que nous attendons de la part de l'État.»

Interpellé, le conseiller d’État Nicolas Walder n’a pas répondu, invoquant une nécessaire discussion préalable au sein du Conseil d’État.

Il faudra sans doute attendre l’automne, qui rendra le sujet moins brûlant. En attendant, le palais Eynard, lui, joue la carte du courant d’air, version nature et bucolique du rafraîchissement. Mais c’est un palais, et pas un trois pièces à la Jonction.