Climatisation: entre interdiction et contournements, le grand paradoxe genevois
Alors que les vagues de chaleur se multiplient, le débat sur la climatisation refait surface à Genève. Président de l'Association suisse du froid section romande, Nicolas Hubert estime que la réglementation cantonale est devenue inadaptée aux nouvelles réalités climatiques et appelle à ouvrir le débat.
À Genève, la climatisation est soumise à des règles parmi les plus strictes de Suisse. Une situation que Nicolas Hubert juge de plus en plus difficile à défendre face à l'augmentation des épisodes de canicule.
«Aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a beaucoup de climatisations qui apparaissent. Elles se multiplient, mais c'est inéluctable. Les canicules seront de plus en plus longues. Il faut faire des gestes pour l'environnement, mais aussi pour l'être humain», affirme-t-il.
Pour lui, le canton accepte déjà de refroidir les infrastructures informatiques ou les installations industrielles, tout en restant beaucoup plus réticent lorsqu'il s'agit du confort des habitants. «Quand vous utilisez votre téléphone ou votre ordinateur, derrière, il y a une climatisation nettement plus puissante que celle nécessaire pour climatiser un humain. Aujourd'hui, il faut mettre la priorité sur l'être humain.»
Des inégalités face à la chaleur
Selon le spécialiste, les restrictions actuelles créent également des inégalités sociales. Les propriétaires les plus aisés peuvent plus facilement installer des systèmes fixes, tandis que de nombreux locataires doivent se contenter de climatiseurs mobiles, moins efficaces et beaucoup plus énergivores.
«On a un déséquilibre social évident. Les personnes qui vivent en appartement achètent des climatiseurs mobiles qui consomment énormément et n'offrent pas les résultats attendus», regrette Nicolas Hubert.
Il évoque également les difficultés rencontrées dans certains établissements médico-sociaux. «On a découvert des EMS qui demandent aujourd'hui des climatiseurs mobiles parce qu'ils n'ont pas d'installation centralisée. D'autres ont même dû démonter des installations après un contrôle.»
Miser sur des solutions énergétiques
Conscient des enjeux climatiques, Nicolas Hubert ne plaide pas pour une généralisation sans conditions de la climatisation. Il propose notamment d'associer les installations à des panneaux solaires ou à des abonnements en énergie renouvelable, à l'image de ce qui existe déjà dans plusieurs cantons romands.
«La climatisation ne fonctionne réellement que deux mois par année. Cette consommation pourrait être compensée par l'énergie solaire», explique-t-il. Il rappelle aussi qu'une climatisation réversible est «l'équivalent d'une pompe à chaleur» et peut également servir au chauffage en hiver.
Auditionnée par le Grand Conseil en 2024, l'Association suisse du froid continue d'appeler à une évolution de la réglementation genevoise. «Nous sommes toujours à disposition pour apporter des conseils et essayer d'aller de l'avant», conclut son président.