Genève

Cocaïne à Genève: «La consommation est un phénomène de société»

09.06.2026 20h09 Rédaction

Alors que Genève figure en tête des villes suisses pour la consommation de cocaïne, le Dr Thierry Favrod-Coune relativise l'effet de surprise des derniers chiffres. Pour le médecin responsable de l'unité des dépendances des HUG, l'enjeu principal reste l'essor du crack.

Genève est la ville suisse où la consommation de cocaïne est la plus élevée, selon les dernières analyses des eaux usées publiées par Addiction Suisse. Les résidus de cocaïne y ont triplé en quinze ans. Pourtant, pour le Dr Thierry Favrod-Coune, responsable de l'unité des dépendances aux HUG, ces chiffres ne constituent pas un nouveau signal d'alarme.

Selon lui, les niveaux observés aujourd'hui sont comparables à ceux relevés en 2017. Le véritable tournant remonte plutôt à l'été 2021, avec l'apparition du crack dans les rues genevoises. «Le problème majeur est surtout lié à cette nouvelle disponibilité du crack, qui touche une population déjà précarisée et qui va aujourd'hui beaucoup moins bien qu'avant», explique-t-il.

Une consommation qui touche tous les milieux

Contrairement à une idée répandue, la cocaïne n'est plus réservée aux catégories les plus aisées. Le spécialiste souligne que la baisse des prix observée ces dernières années a contribué à élargir le profil des consommateurs.

L'arrivée du crack a également modifié la donne. Vendu sous sa forme prête à consommer, il est plus accessible qu'auparavant. Or cette forme fumée de la cocaïne est réputée beaucoup plus addictive. Son faible coût unitaire, souvent entre 5 et 10 francs la dose, peut donner une impression de produit abordable. Mais les consommations répétées, parfois toutes les demi-heures, entraînent rapidement des dépenses importantes et aggravent les situations de précarité.

Des risques immédiats pour la santé

Au-delà de la dépendance, le Dr Thierry Favrod-Coune met en garde contre les conséquences directes de la consommation. Le manque de sommeil, la déshydratation ou encore la malnutrition figurent parmi les premiers dangers.

Le risque le plus grave reste toutefois celui des produits coupés avec d'autres substances. Certains consommateurs peuvent ingérer à leur insu des opioïdes ou de nouvelles drogues de synthèse, avec un risque d'overdose potentiellement mortelle. Le médecin recommande de ne jamais consommer seul et, lorsque cela est possible, de faire tester les substances auprès des structures spécialisées existantes à Genève.

Prévenir plutôt que guérir

Face à une dépendance à la cocaïne, les options thérapeutiques restent limitées. Contrairement aux opioïdes, il n'existe pas de traitement de substitution reconnu. «Une fois qu'une dépendance est présente, c'est très difficile à traiter», rappelle le médecin.

Pour lui, la prévention demeure donc l'outil le plus efficace. Cela passe par l'information, mais aussi par une réflexion plus large sur les conditions de vie. «Avant d'être une maladie, la consommation de substances est un phénomène de société», souligne-t-il.