Comédie de Genève: la FAD, au goût amer
Une directrice hors sol, méprisante et dont la garde rapprochée est française. Après le choc provoqué par les révélations de la Tribune de Genève à l’encontre de Séverine Chavrier, directrice de la Comédie de Genève, c’est maintenant vers la Fondation d’art dramatique que les regards se tournent. Cet organe de supervision, présidé par Lorella Bertani, est sous le feu des critiques. Il aurait laissé le conflit s’enliser et manquerait de transparence.
La culture est-elle suffisamment contrôlée à Genève? Après le scandale qu’ont provoqué les propos et agissements de la directrice de la Comédie, c’est la question qui se pose.
La Comédie est supervisée par la Fondation d’art dramatique, chargée notamment de contrôler l’allocation des fonds publics, de nommer les directions et de rendre compte des informations à la Ville qui subventionne.
A-t-elle joué son rôle dans ce conflit, ou n’a-t-elle fait que temporiser? Sa présidente, Lorella Bertani, refuse de s’étendre et nous renvoie au communiqué de presse de la semaine dernière évoquant un dialogue apaisé. Pour ce poste, elle touche une rémunération annuelle avoisinant les 30'000 francs. En une année, le Conseil et le Bureau se sont réunis respectivement à 6 reprises.
C’est l’occasion pour le MCG, dont le fond de commerce est la question des frontaliers, de déposer une motion. Elle réclame une enquête administrative indépendante sur la gestion de la Comédie, la fonction de supervision de la FAD, et le mécanisme de la tutelle de la Ville.
«Parce qu’autrement, elle ne sert à rien et il faut la dissoudre!»
«La Ville fait encore le contrôle suprême, entre guillements, puisque chaque année, elle surveille le rapport d’activités, estime Daniel Sormanni, conseiller municipal MCG et conseiller national. Soit ça passe directement de la direction au Conseil administratif, soit ça passe à travers la FAD, parce qu’autrement, elle ne sert à rien et il faut la dissoudre!»
Pour beaucoup, la FAD manquerait cruellement de transparence. S’agissant de la Comédie, le rapport d’activité est succinct. La gouvernance interpelle Omar Azzabi, ancien président des Verts Ville de Genève: «Hormis la question de la part des artistes locaux, il y a la question de la gouvernance de ces institutions et comment aujourd'hui elles rendent compte finalement de l'argent public qui est distribué. Avec les Verts, on a beaucoup milité pour avoir plus de transparence, pour qu'on publie les comptes, pour qu'aujourd'hui le citoyen et la citoyenne puissent avoir un droit de regard sur le budget de fonctionnement et l'utilisation des fonds publics. Et à travers cette gouvernance aujourd'hui, il y a la question évidemment des fondations de droit public. Aujourd'hui, est-ce qu'on ne devrait pas revoir la gouvernance et la structure de ces fondations?»
«La fondation a un rôle de gouvernance et de stratégie et ne se mêle pas d'opérationnel»
Non, répond l’ancienne directrice de la Comédie, Anne Bisang: «La Fondation tient son rôle, c'est-à-dire qu'elle a un rôle de surveillance, elle a un rôle de gouvernance et de stratégie, et elle ne se mêle pas d'opérationnel.» Pour autant, Anne Bisang n’élude pas la question des recrutements de Français, à la Comédie comme dans d’autres structures. Pour elle, une mise en réseau de ces fondations culturelles permettrait d’éviter une inflation de nominations non genevoises: «Cette succession de nominations extra-romandes qui, effectivement, peuvent donner un sentiment de mésestime aux professionnels de la région est déplorable et dommageable pour tout le monde. Autant pour les personnes qui sont mises de côté, recalées, peut-être injustement, que pour une image d'une ville ou d'une région qui ne fait pas confiance à ses talents.»
Mardi, plusieurs textes et interpellations seront déposés au Conseil municipal. L’occasion peut-être, pour Joëlle Bertossa, à la tête du Département de la culture, de clarifier le rôle réel de la FAD, après avoir soutenu la directrice accusée.