Comédie: la FAD peu empressée à désigner Manuel Tornare médiateur
Deux personnalités ont été proposées pour calmer le jeu entre la FAD et Séverine Chavrier. Le Conseil de fondation de l’institution a été convoqué mardi prochain pour décider.
L’affaire Chavrier s’enlise encore un peu plus, s’il est possible. La Fondation d’art dramatique (FAD) ne semble pas pressée d’en finir avec cette histoire à tiroirs, qui hante la Comédie de Genève depuis l’automne dernier. Et ce, malgré une programmation 2026-2027 de haut vol, réalisée par Séverine Chavrier mais présentée mercredi par quelqu’un d’autre, puisque l’artiste n’a plus droit de cité dans l’institution.
Histoire à tiroirs jamais soldée, donc, et en voici la dernière illustration: la FAD avait proposé une médiation dans le conflit qui l’oppose à la directrice écartée, puis licenciée alors qu’elle était en arrêt maladie. Il était convenu que son avocat propose deux personnes, dans le but d’un accord de maintien ou de sortie. Me Romain Jordan a donc mis deux noms sur la table il y a quelques jours: Manuel Tornare, ancien maire de Genève, et Anne Héritier Lachat, ancienne présidente du Conseil d’administration de l’Autorité de surveillance des marchés financiers (Finma), entre autres. Deux personnalités socialistes, comme la majorité des acteurs de cette tragicomédie, l’un au profil politique et proche des milieux culturels (il a été vice-président des théâtres de la Comédie et du Poche et membre de la Fondation du Grand-Théâtre de Genève), l’autre au profil juridique.
«Ce refus, jusqu’ici à tout le moins, d’accepter ces deux candidats, démontre que la FAD n’est pas à la recherche de solutions, mais préfère faire de l’obstruction»
La FAD s’est-elle prononcée sur l'acceptation de ces deux personnes? «Nous avons proposé une médiation selon la loi sur la médiation. Cette procédure est confidentielle. Un Conseil est convoqué le 30 juin», répond laconiquement Philippe Juvet, président. Des mots qui cachent autre chose: l’institution ne semble pas emballée par cette proposition. L’eût-elle été qu’elle aurait pu accepter plus tôt ces médiateurs, la proposition ayant été faite le 12 juin et le Conseil s’étant réuni dans l’intervalle.
Romain Jordan y voit le signe d’un scénario déjà écrit: «Ce refus, jusqu’ici à tout le moins, d’accepter ces deux candidats, démontre que la FAD n’est pas à la recherche de solutions, mais préfère faire de l’obstruction.» Ce que peine à comprendre Séverine Chavrier: «Notre proposition est tout à fait loyale et responsable, ce sont des personnes intègres et respectées. Sous quel prétexte les refuserait-on?» Sollicité, Manuel Tornare n'a pas souhaité s’exprimer. «Cela fait sept mois que je n’ai pas de contact avec mon employeur, déplore Séverine Chavrier. J’interprète cela comme une volonté de me refuser le minimum de considération qu’un employeur doit à son employé.»
Quoi qu’il en soit, la probabilité que cette médiation soit refusée est assez grande. Ce dossier non refermé s’ajouterait alors à d’autres, comme l’audit RH commandé par la FAD à la société Sharpmania et bloqué par la justice pour protéger les droits de la directrice. S’y ajoute un audit de la Cour des comptes à venir.