Composter les morts: Carouge ouvre le débat sur une nouvelle pratique funéraire
Transformer les corps des défunts en compost plutôt que de les enterrer ou de les incinérer. Encore interdite en Suisse, cette pratique suscite un intérêt grandissant. Le 9 novembre, Carouge organisera une soirée publique autour du documentaire «Compostez-moi» pour réfléchir à l’avenir de son cimetière.
«Compostez-moi». Derrière ce titre volontairement provocateur, un documentaire qui propose de repenser notre rapport à la mort. L’humusation consiste à transformer un corps humain en matière organique grâce à un processus de décomposition contrôlé. Une alternative à l’inhumation et à la crémation, qui pourrait à terme modifier nos pratiques funéraires.
À Carouge, la question est aussi très concrète. Avec la croissance de la population, la commune doit anticiper les besoins futurs de son cimetière. Le 9 novembre, elle projettera ce documentaire lors d’une soirée publique destinée à ouvrir la discussion sur les pratiques funéraires de demain.
Un cimetière confronté au manque de place
«Carouge grandit, Carouge se développe. Cette technique va nous permettre de répondre à ce besoin de place qui commence à manquer», explique Raffaele Fraomene, conseiller administratif de Carouge.
La commune fait également face à une autre difficulté: la décomposition parfois très lente des corps enterrés. Certains ne sont pas entièrement décomposés après vingt ans, ce qui complique la gestion des sépultures et soulève des questions environnementales et sanitaires.
«C'est le rôle de la ville de Carouge de pouvoir anticiper», insiste Raffaele Fraomene, qui évoque également la nécessité de protéger le personnel du cimetière.
Des expérimentations scientifiques dans le canton de Vaud
En Suisse, l’humusation n’est pas reconnue comme une pratique funéraire autorisée. Mais la recherche avance. Dans le canton de Vaud, des scientifiques expérimentent le compostage humain en plein air. Pendant quatre ans, leurs travaux doivent permettre d’évaluer l’efficacité du processus, ses conséquences environnementales et les éventuels risques sanitaires.
Car au-delà de la transformation du corps, plusieurs questions restent ouvertes: les conditions nécessaires à une décomposition sûre, la qualité de la matière obtenue et surtout son utilisation future.
Que faire de l’humus issu des défunts?
Du côté des professionnels des pompes funèbres, cette alternative suscite de l’intérêt, mais sa mise en œuvre devra répondre à plusieurs exigences techniques et éthiques.
«La population pourra accepter relativement facilement cette nouvelle pratique, pour autant que les aspects éthiques, les aspects techniques soient garantis», estime Jérôme Voisard, président de la section romande de l’Association suisse des services funéraires.
La question du devenir des restes humains sera notamment déterminante. Où placer l’humus obtenu? Pourra-t-il être utilisé dans la nature ou devra-t-il rester dans un espace funéraire?
Jérôme Voisard estime également que la dimension environnementale pourrait convaincre certaines familles de se tourner vers cette méthode.
Aux États-Unis, une pratique déjà commercialisée
De l’autre côté de l’Atlantique, le compostage humain est déjà proposé par des entreprises funéraires dans certains États américains. Les corps sont placés dans des caissons fermés où leur décomposition est accélérée et contrôlée. En 45 jours environ, le processus peut produire quelque 130 kilos de matière organique. Les familles peuvent ensuite en récupérer une partie, selon les règles en vigueur.
À Carouge, aucune introduction de l’humusation n’est pour l’heure annoncée. La projection du 9 novembre doit avant tout permettre aux habitants de débattre de cette pratique, alors que la commune réfléchit à l’avenir de son cimetière.