Genève

Crans-Montana: le récit de très jeunes héros

08.01.2026 13h57 Delphine Palma / Laetitia Guinand

témoignages

Ce ne sont que des adolescents mais ils ont été confronté à l’horreur.  3 amis genevois étaient devant le Constellation au moment ou le feu s’est déclaré. Ils ont accepté de nous raconter en détail cette nuit de cauchemar, leur doute, leur culpabilité, leur courage. Et de revenir sur les critiques qui les blessent sur les réseaux sociaux.  

Les cris, les visages, les flammes. Ces images ne les quitteront sans doute jamais.
Louis. Marc-Antoine. Nicolas. Trois adolescents genevois rescapés du drame du Constellation. Ce soir-là, Nicolas et Marc-Antoine, 13 et 14 ans, attendent leur ami Louis 16 ans devant le bar. Une soirée ordinaire entre amis, qui n’aura jamais lieu.

«On entend des cris, une porte qui s’ouvre, des gens entassés», raconte Marc-Antoine. Puis la prise de conscience: «On tourne la tête et on voit le feu.» Le sous-sol s’embrase. Personne ne comprend vraiment ce qui se passe. Les secours ne sont pas encore sur place.

«Ma conscience n’aurait pas accepté que je sois là sans rien faire»

Marc-Antoine pose ses béquilles. Avec Nicolas, ils se regardent et décident d’aider. Sans calcul. «À ce moment-là, je n’ai pas réfléchi longtemps.» Ils tentent de casser les vitres pour faire sortir ceux qui sont coincés à l’intérieur. À plusieurs, ils parviennent à forcer une fenêtre. «Ma conscience n’aurait pas accepté que je sois là sans rien faire», souffle Nicolas.

À l’intérieur, des personnes sont entassées, incapables de bouger. «J’ai tiré le maximum de personnes qui étaient en dessous», explique Nicolas. Certaines s’effondrent une fois dehors. D’autres ne réalisent même pas ce qu’elles viennent de vivre.

Ce soir-là, Nicolas et Marc-Antoine prennent de gros risques pour sauver des vies. «Je ne regrette rien», tranche Nicolas. Marc-Antoine analyse. «C’est triste à dire, mais pour certaines personnes, on ne pouvait rien faire. Le plus important, c’était de mettre les blessés en sécurité.»

Louis, le troisième ami, se trouvait un peu plus loin dans la rue. Il en est convaincu: c’est un miracle si lui et ses amis n’étaient pas à l’intérieur. Retenu par une altercation avec des supporters du FC Sion, il vient de s’extraire d’une grosse bagarre. Ses amis l’attendent.«Si on était rentrés, ça aurait pu être nous.»

Plus matures que les adultes

Une semaine après la catastrophe, chacun tente de reprendre pied. Les images reviennent, surtout la nuit. Les questions aussi. «Pourquoi je n’ai pas pu en sauver plus?» «On essaie de ne pas se rappeler.» «Normalement, on n’aurait jamais dû voir ça à notre âge. Mais c’est arrivé, il faut réussir à vivre avec.» Des mots simples, chargés d’un poids trop lourd pour leurs jeunes épaules.

D’autant que sur les réseaux sociaux, les critiques sont violentes. Leur âge, leur comportement, leur supposée insouciance. Eux répondent sans colère, avec retenue. «C’est juste à côté de chez nous. Nos parents connaissent cet endroit, ils y sont allés aussi. Ils nous font confiance, parce que la station est réputée sûre. Personne n’aurait pu imaginer une telle tragédie.» 

Vendredi, tous se retrouveront devant le Constellation. Pour se recueillir, rendre hommage aux victimes et aux familles, et tenter d’avancer ensemble. «La meilleure façon d’honorer les disparus, c’est d’être là, et d’intégrer ce lieu à notre vie.» Une sage reflexion au milieu du tumulte indescriptible qui entoure cette tragédie. Une tragédie des adultes, bien lourde à porter pour des épaules encore bien fragiles.

Le témoignage de Marc-Antoine, 14 ans

Le témoignage de Nicolas, 13 ans

Le témoignage de Louis, 16 ans