Crèches à Lancy: la hausse reportée, pas abandonnée
À Lancy, les tarifs des crèches vont bien augmenter mais pas dès janvier prochain. Face à la colère des parents, la commune a finalement accordé un délai supplémentaire de six mois. La réforme entrera en vigueur à la rentrée d’août 2027. Une concession qui n’a pas suffi à calmer les familles, réunies hier soir pendant près de quatre heures pour demander des comptes aux autorités.
Près de quatre heures d’échanges, une cinquantaine de parents réunis et une annonce: la nouvelle grille tarifaire des structures d’accueil de la petite enfance n’entrera finalement pas en vigueur en janvier 2027. La commune de Lancy accorde six mois supplémentaires aux familles. Mais sur le fond, la réforme reste inchangée.
Six mois de répit
La rencontre organisée mardi soir par la maire de Lancy, Salima Moyard, devait permettre aux autorités de présenter la réforme et de répondre aux nombreuses questions des parents. La soirée, qui a débuté vers 19h15, s’est achevée autour de 22h30, après près de deux heures et demie consacrées aux questions du public.
Dans une salle parfois tendue, les parents ont notamment dénoncé l'impact financier de la nouvelle grille tarifaire, dont la hausse peut atteindre plusieurs dizaines de pourcents pour certaines familles. Face aux inquiétudes concernant le calendrier, le Conseil administratif a finalement annoncé le report de l'entrée en vigueur à la rentrée scolaire d'août 2027. Un délai supplémentaire de six mois destiné, selon la commune, à permettre aux familles de s'organiser et d'envisager leurs différentes possibilités de garde.
Une réforme toujours maintenue
Ce report ne change toutefois pas le principe de la réforme. La commune prévoit toujours une hausse linéaire de 4% et surtout un relèvement du plafond de revenus à partir duquel le tarif atteint son maximum. Celui-ci passera de 178'000 à 260'000 francs de revenu annuel net. La hausse finale dépendra toutefois du revenu déterminant de la famille en 2027 ainsi que du taux d'accueil de l'enfant. À Lancy, 138 familles sont actuellement au tarif maximum, soit 164 enfants sur les 832 accueillis dans les structures concernées.
«Il faut parfois choisir entre travailler et payer»
Pour les autorités, cette réforme vise notamment à rétablir davantage d'équité entre les familles. «Proportionnellement, quand on gagne 305'000 francs par an, on a un taux d'effort plus faible qu'une famille qui en gagne 30'000. Ce n'est pas juste en termes de justice sociale», a notamment défendu Salima Moyard durant la soirée. La maire rappelle également que même les familles qui paient le tarif maximum bénéficient encore d'une importante participation publique.
Du côté des parents, le report est accueilli comme un soulagement, mais pas comme une victoire. Conrad, père de trois enfants accueillis simultanément en crèche, estime que la réforme fait peser une pression trop importante sur les familles. Avec des hausses pouvant atteindre 81% selon les situations, certains parents craignent de devoir revoir leur organisation professionnelle. Une situation qui pourrait notamment pousser certains couples à réduire leur taux d'activité. Alors que plusieurs parents ont souligné durant la réunion que les femmes seraient particulièrement concernées.
«Le risque, c'est qu'un des deux parents arrête ou diminue son activité professionnelle»
La pétition lancée par les familles approche désormais les 650 signatures. Les parents annoncent vouloir poursuivre leur mobilisation et porter leurs revendications devant le Conseil municipal, le 3 septembre prochain.
Changer de commune ou de mode de garde
Naomi, mère de deux enfants en crèche, apprécie la structure et son personnel mais estime que les familles n'ont pas été suffisamment informées en amont. Elle envisage désormais plusieurs scénarios: réduire le taux d'accueil de ses enfants, changer de mode de garde ou, à terme, changer de commune. «On se retrouve à devoir réfléchir à notre organisation professionnelle alors que nos enfants sont encore très jeunes», explique-t-elle en substance. Le report à août 2027 lui offre davantage de temps, mais ne règle pas la question du coût de la garde.
Un délai, mais pas de marche arrière
Pour Céline, qui a deux jeunes enfants en crèche et dont le mari travaille à 100% tandis qu'elle est à 80%, le report constitue également une bonne nouvelle à court terme. Mais les conséquences financières restent importantes et les possibilités de réduire le temps de travail ne sont pas forcément réalistes selon les professions. La commune, elle, assume son choix. Salima Moyard estime que cette rencontre était nécessaire pour expliquer les motivations de la réforme, répondre aux interrogations et poursuivre le dialogue avec les familles. Lancy rappelle également son objectif d'augmenter fortement le nombre de places en crèche, alors que plusieurs centaines de familles sont encore en attente d'une place.
Le calendrier, lui, est donc désormais fixé: la nouvelle grille tarifaire entrera en vigueur à la rentrée d'août 2027. Les parents disposent de six mois supplémentaires pour s'organiser. Mais pour eux, le combat continue. Sur les tarifs, la commune ne prévoit pour l'heure aucun changement.