Crèches et parascolaire: un vaste chantier s’ouvre au Grand Conseil
Trois initiatives sur l’accueil des enfants doivent être soumises aux Genevois. Deux réclament la gratuité des crèches et du parascolaire, la troisième davantage de places en crèche. Le Grand Conseil les a refusées, mais a décidé de leur opposer trois contreprojets. Les députés ont un an pour proposer des alternatives, avec l’ambition, chez une large majorité, de repenser plus largement le système.
Le gros du travail commence maintenant. Deux initiatives déposées par l’Union populaire réclament la gratuité des crèches et du parascolaire. La troisième, portée par Le Centre et les Vert’libéraux, veut notamment créer davantage de places en crèche et limiter leur coût pour les familles.
Le Grand Conseil a refusé les trois textes, mais accepté le principe d’un contreprojet pour chacun. Une sous-commission de sept députés doit prochainement être constituée. Sa mission: élaborer en un an des alternatives à présenter aux Genevois face aux initiatives.
Vers une réforme plus large
Une orientation se dessine déjà: une large majorité des députés veut profiter de ce chantier pour aller au-delà des trois textes et repenser plus largement l’accueil des enfants à Genève, de la crèche au parascolaire.
«Ce qu’on souhaite faire dans ces contreprojets, c’est offrir une alternative», explique Ana Roch, députée MCG et membre de la commission de l’enseignement. Parmi les pistes évoquées: développer l’accueil continu dès deux ou trois ans, avec notamment le repas de midi et des activités parascolaires après le temps scolaire. Une organisation qui pourrait également permettre de libérer des places en crèche.
La gouvernance du système pourrait elle aussi évoluer. L’État, et notamment le DIP, pourrait reprendre davantage la main sur un dispositif aujourd’hui partagé avec les communes.
«Le parascolaire, les crèches, l’école primaire, tout ça fait partie du parcours d’un jeune, de sa plus tendre enfance jusqu’à sa sortie de l’école», relève le député PLR Adrien Genecand. Pour lui, confier davantage le pilotage à l’État permettrait d’assurer une meilleure cohérence.
Qui paiera?
Le financement sera l’un des principaux obstacles. Les initiatives donnent déjà une idée des montants en jeu: la gratuité des crèches représenterait environ 120 millions de francs supplémentaires par an et celle du parascolaire près de 35 millions. La troisième initiative prévoit, elle, jusqu’à 100 millions de francs de financement cantonal pour favoriser notamment la création de places.
Pour construire leurs contreprojets, les députés devront donc négocier la répartition du financement entre Canton et communes. La contribution des entreprises pourrait également augmenter.
Romain de Sainte-Marie, député socialiste et président de la commission de l’enseignement, défend cette piste en prenant exemple sur le canton de Vaud. «Dans le canton de Vaud, il y a une perception de 0,14% de la masse salariale. À Genève, nous sommes à 0,07%. C’est deux fois moins. Peut-être pouvons-nous nous aligner avec les Vaudois.»
Un an, un délai jugé trop court
Cette volonté de réforme globale ne fait toutefois pas l’unanimité. Thierry Arn, député du Centre et membre de la commission, estime qu’un an ne suffira pas pour revoir l’ensemble du système.
«Si on arrive déjà à réformer la petite enfance en une année, ce sera déjà un très grand pas pour les Genevois», estime-t-il. Élargir le chantier à l’école nécessiterait selon lui des négociations beaucoup plus complexes avec le DIP et les syndicats. «Ça me semble trop ambitieux.»
L’équation fédérale
Une nouvelle donnée devra enfin être intégrée aux discussions. La Confédération prévoit une allocation de garde pouvant atteindre 500 francs par mois et par enfant pour participer aux frais payés par les familles.
Or, si les initiatives sur la gratuité des crèches et du parascolaire sont acceptées, les parents n’auraient plus ces frais à leur charge et ne pourraient donc plus bénéficier de cette allocation pour les prestations devenues gratuites. Un élément supplémentaire que les députés devront prendre en compte au moment de construire leurs alternatives.