Crise à la Comédie: la guerre des rapports, avantage Chavrier
La Fondation d’art dramatique (FAD) pensait en finir avec Séverine Chavrier. Mais à quelques minutes de la publication d’un audit RH à charge, prétexte à un licenciement, la justice a tout stoppé net. Dans le même temps, un rapport politique favorable à la directrice réclame sa réintégration. L’affaire vire au chaos.
Ce vendredi devait être le jour de triomphe de la FAD. L’institution avait prévu la publication du rapport d’audit RH sur «l’affaire Chavrier». Très attendu, cet audit allait révéler les problèmes de management de Séverine Chavrier.
Sauf que la justice a bloqué tout le processus, ayant accepté la requête de mesures superprovisionnelles et provisionnelles de son avocat, Me Romain Jordan.
Réintégration de la directrice demandée
Ironie de l’histoire, c’est un autre rapport, non moins attendu, qui est sorti en début d’après-midi. Celui de la Commission des arts et de la culture (Carts) du Conseil municipal, dont les conclusions sont favorables à Séverine Chavrier, comme Léman Bleu l’a révélé il y a quelques jours, ayant eu accès aux procès-verbaux des auditions.
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Contrairement à l’audit commandité par la FAD, ce rapport demande la réintégration et le soutien de la directrice dans ses fonctions. Un ajout qui a été accepté par 7 oui (1 Ensemble à Gauche – Union populaire, 2 Le Centre-Vert’lib, 1 MCG, 2 UDC, 1 PLR) contre 6 non (4 socialistes, 2 Verts) et 2 abstentions (MCG, PLR). Ainsi amendée, la motion a été votée à l’unanimité, étant entendu que les 8 abstentions n’invalident pas l’unanimité.
Audit à charge bloqué
Mais retour à cette folle matinée qui a vu ce spectaculaire retournement de situation. À six heures ce matin, la FAD a convoqué le Conseil. Signe de la fébrilité ambiante, les téléphones portables des membres du Conseil ont été saisis. «Dépôt des téléphones dans une boîte ad hoc et fermeture des ordinateurs», spécifie la convocation.
Les membres ont alors été informés du contenu du rapport d’audit, fort de 138 entretiens, des témoignages anonymes, semble-t-il. L’usage de ce conditionnel se justifie par le fait que ce fameux rapport a été bloqué, à quelques minutes de sa publication.
«Faire prospérer une campagne de calomnie»
Pourquoi? Le pouvoir judiciaire motive sa décision par le fait que Séverine Chavrier «n’a pas pu en prendre connaissance et se déterminer à ce sujet, ce qui est susceptible de lui causer un préjudice grave.» La justice invoque plusieurs autres motifs, dont celui-ci: «Il apparaît par ailleurs, sous l’angle de la vraisemblance, qu’une telle présentation dans l’urgence du rapport d’audit dans ces circonstances n’est justifié ni par un intérêt prépondérant privé ou public, ni par la loi.»
Me Romain Jordan s’en félicite: «Ce prétendu audit, qui n’a à aucun moment inclus ma mandante dans son processus, n’a aucune crédibilité. Son but était clair: exonérer la FAD de sa gouvernance déficiente, tout en permettant à ses détracteurs de faire prospérer leur campagne de calomnie, anonymat à la clé.»
Directrice licenciée malgré un arrêt maladie
De leur côté, les médias attendaient. Pas tous, en réalité, puisque la FAD, ayant de la communication une approche sélective, n’avait pas prévu de conférence de presse, mais avait attribué la primeur du contenu à la RTS et à la Tribune de Genève, qui devaient sortir leurs articles de façon concomitante à l’envoi du rapport. Un plan contrecarré par la justice.
Or, le conseil de la FAD a licencié ce matin Séverine Chavrier, à 11 voix pour et 3 contre, à l’issue de la présentation du document incriminant – on imagine – suffisamment la directrice. Alors même que celle-ci est en arrêt maladie. Malgré cela, la FAD a communiqué cette décision à l’ensemble du personnel de la Comédie.
«Je saisis le Conseil administratif de la Ville de Genève d’une plainte et demande au Maire en urgence de prononcer des mesures provisionnelles. La FAD déraille et n’est pas apte à gérer ce dossier», tempête Me Romain Jordan.
Les salves de Télérama
La FAD n’en démord pas, puisque l’institution a choisi son camp depuis pas mal de temps. Ce lundi, la FAD a élu Philippe Juvet à la présidence, en remplacement de Lorella Bertani. Selon les révélations du journal en ligne Watson, cet avocat, alors membre du conseil de la fondation, avait cosigné la mise à l’écart de Séverine Chavrier en novembre dernier. Difficile d’imaginer qu’il eût préféré sa réintégration quelques mois plus tard.
En début de semaine, plusieurs articles à charge contre la directrice paraissaient dans le journal français Télérama. Curieusement, cette salve est intervenue la même semaine que l’audit RH, vanté par Joëlle Bertossa, magistrate de tutelle. Coïncidence ou cabale?
Le Conseil municipal en débattra
La cabale contre la directrice, c’est précisément ce qui ressort de l’audit de la Carts. Bloqué au Bureau du conseil municipal depuis des semaines, au prétexte qu’il doit être expurgé de toute mention permettant de reconnaître certaines personnes, il a été publié cet après-midi.
Son auteure, la PLR Michèle Roullet, s’étonne: «Ce petit rapport, comme dit Joëlle Bertossa, demande de réintégrer la directrice. Car il ne contient pas d’élément objectif de faute grave. Et cela, ça ne plaît pas à la FAD, dont Joëlle Bertossa est membre de droit. Elle ne veut pas que les décisions prises en novembre soient contredites. On arrive à des combats entre rapport et audit, alors que c’est la vérité qui devrait nous occuper.»
Ce rapport est à l’ordre du jour du 19 mai. Ce qui donne peu de temps aux deux clans antagonistes, les pro et les anti Chavrier, pour recharger leurs armes.