Des critiques sur le processus de recrutement de la Ville de Genève
La Cour des comptes épingle le processus de recrutement de la Ville de Genève. Dans plus de la moitié des 64 dossiers examinés, elle estime que le choix du candidat retenu n’est pas suffisamment documenté. L’audit relève aussi des faiblesses dans la gestion des conflits d’intérêts et des procédures particulièrement longues.
Comment la Ville de Genève recrute-t-elle ses employés? Et l’égalité de traitement entre les candidats est-elle garantie? La Cour des comptes s’est penchée pendant près d’un an sur le processus de recrutement municipal.
Sur 64 dossiers examinés, 34 ne permettent pas de comprendre clairement pourquoi un candidat a été retenu plutôt qu’un autre. Dans certains cas, il manque jusqu’aux critères de sélection appliqués, au nombre de candidatures reçues ou aux entretiens réalisés.
Pierre-Henri Pingeon, président de la Cour des comptes, cite un exemple: «au premier tour, les gens du métier le choisissent mais au deuxième tour, c'est une autre personne qui est choisie, qui était sortie quatrième lors du premier tour. Et lorsqu'on cherche dans le dossier à comprendre pourquoi, on ne trouve aucune information. Le problème que l'on a identifié dans le cadre de ces échantillons et de ces tests, c'est vraiment un problème de cohérence, de documentation afin d’expliciter clairement pourquoi des choix sont faits.»
Une affaire et des dénonciations à l’origine de l’audit
L’audit trouve notamment son origine dans la polémique qui éclate en mars 2024 autour de plusieurs recrutements au Département de l’aménagement, des constructions et de la mobilité (DACM), alors dirigé par l’écologiste Frédérique Perler. Une codirectrice est accusée d’avoir favorisé l’engagement de sa demi-sœur puis d’un couple de proches. Un rapport interne avait ensuite confirmé plusieurs irrégularités et situations de conflit d’intérêts.
À ces affaires médiatisées s’ajoutent une quinzaine d’alertes reçues par la Cour des comptes depuis 2020, notamment pour des soupçons de conflits d’intérêts et d’inégalité de traitement. L’institution lance finalement son audit en septembre 2025.
Des conflits d’intérêts insuffisamment encadrés
L’examen fait apparaître d’autres faiblesses: recrutements internes insuffisamment encadrés, procédures pas toujours respectées, manque de transparence dans la fixation de certains salaires et gestion imparfaite des liens d’intérêts.
Sur 166 formulaires liés aux conflits d’intérêts examinés, 27 étaient incomplets. Dans deux autres cas, des liens avaient bien été déclarés mais sans que la manière dont ils avaient été traités soit documentée.
«Il n'existe pas une procédure ou simplement un document où chaque personne qui procède en recrutement déclare si oui ou non il a un lien d'intérêt avec une personne. Et ça, ça nous semble indispensable pour éviter justement des biais dans le processus ou qu'à un moment donné, il y ait une suspicion par rapport aux décisions qui sont prises», précise Pierre-Henri Pingeon.
Près de six mois pour recruter
La Cour critique également la longueur du processus. Entre l’évaluation du cahier des charges et la nomination, il faut en moyenne 172 jours, soit près de six mois.
«Beaucoup d'interventions du Conseil administratif incorporé qui veut valider une certaine partie du processus. Je pense que c'est légitime pour certains postes, mais ce n'est pas forcément légitime pour tout le monde», affirme Pierre-Henri Pingeon.
Présent lors de la présentation du rapport, Alfonso Gomez, conseiller administratif chargé des ressources humaines, reconnaît ce problème. «Je dis qu'aujourd'hui le principal problème c'est la longueur du processus. La Cour estime que c'est trop long et nous sommes d'accord avec elle, nous devons améliorer ce processus, le diminuer. Et tout en même temps, en sauvegardant évidemment un certain nombre de documentations, d'interviews, de processus qui assurent que c'est un bon recrutement.»
La Ville accepte les neuf recommandations
Le Conseil administratif accepte les neuf recommandations formulées par la Cour des comptes, tout en insistant sur le fait que l’audit n’a pas démontré les soupçons de népotisme qui avaient contribué à son lancement.
La Ville affirme avoir déjà commencé à revoir ses pratiques de recrutement. Huit des neuf recommandations doivent être mises en œuvre dès le début de l’année 2027.