Genève

Entre marbre, lustres et histoire genevoise, un palace témoin de toutes les époques

15.10.2025 16h35 Delphine Palma

À la fois emblématique et secret, l’Hôtel de la Paix fait partie de ces lieux que tout le monde connaît sans vraiment y être entré. Derrière sa façade tranquille, diplomates, artistes et voyageurs du monde entier se sont croisés. Cette année, il célèbre 160 ans d’histoire — l’occasion de mettre en lumière un passé aussi riche que discret.

En 1865, Genève change de visage. Les fortifications tombent, le train siffle à Cornavin, et sur le quai du Mont-Blanc, un nouveau monument s’érige face au lac, le Grand Hôtel de la Paix.

C’est le temps des premiers voyageurs fortunés. Dans le hall, le marbre luit sous la lumière des lustres éclairés au gaz. Une prouesse à l’époque, s’enthousiasme Antoni Von Planta, le directeur actuel de l’hôtel: «La volonté était de créer un hôtel de luxe avec ce que l’époque faisait de plus beau. Le lobby s’étend sur plusieurs étages, dominé par un immense lustre. Tout dans le style italien, très en vogue à la fin du XIXᵉ siècle en Suisse.»

Les grands de ce monde à la Paix

Depuis 160 ans, les plus illustres voyageurs ont franchi la porte du Grand Hôtel de la Paix. Grace Kelly y a séjourné si souvent qu’une suite porte désormais son nom. Orson Welles, Georges Simenon, Tchaïkovski: tous ont laissé ici une trace de leur passage. Mais à l’Hôtel de la Paix, on ne fait pas qu’y dormir. L’histoire s’est écrite dans ses salons. 

En 1872, les salons du palace accueillent le dîner de clôture de l’arbitrage de l’Alabama, première grande médiation internationale. Le menu, retrouvé aux Archives d’État, en dit long sur le faste de l’époque: bisque aux quenelles, truite sauce genevoise, filet de bœuf à la bordelaise, suprême de poulet à la Verpré, etc. Treize plats pour célébrer la paix et consacrer la légende de l’hôtel.

«L’hôtel a toujours accueilli des personnalités internationales, des dirigeants d’État. Cela marque un peu la tendance genevoise et celle de l’établissement dès le début», rappelle le directeur. 

Une mémoire vivante

Les archives officielles, elles, se sont perdues avec le temps. Ce qu’il reste du passé se chuchote dans les couloirs. Stella Ducret, employée à la lingerie depuis plus de vingt ans, garde cette mémoire vive. Elle a vu l’hôtel changer sans jamais trahir son âme. «Avant, on portait des robes longues avec un tablier blanc. Et des grands diadèmes sur la tête», se rappelle celle qui a commencé comme femme de chambre. 

En 1865, une chambre coûtait entre 4 et 8 francs suisses. Aujourd’hui, après une rénovation d’envergure en 2019, une chambre standard coute 900 francs pour une nuit dans le décor restauré du Grand Hôtel de la Paix. La Paix n’a pas de prix. Sauf ici, à Genève.