Fermetures en série à la Corraterie avant un chantier de deux ans
Que se passe-t-il à la rue de la Corraterie? A quelques semaines des fêtes, 5 boutiques sont complètement vides, et plusieurs autres s’apprêtent à fermer complètement ou à déménager. D’importants travaux dans 4 immeubles de la rue obligent les commerçants a partir. La plupart ne reviendront pas.
Depuis samedi, la mythique boutique de jouets Le Carousel ne tourne plus. Jeux, peluches, bodys pour bébés… même les meubles ont été liquidés. «30 ans de belles aventures auprès des clients genevois. Ils ont toujours été très fidèles. Aujourd’hui, ils sont très touchés par cette fermeture», confie la responsable, Giovanna Sarmiento, elle aussi émue.
Sous les emblématiques drapeaux de la rue de la Corraterie, les fermetures s’enchaînent. Cinq boutiques ont déjà disparu ou déménagé, et sept autres suivront d’ici la fin de l’année. Pour Giovanna, c’est l’âme de la rue qui s’en va. La Corraterie était pour elle «joyeuse, un morceau du patrimoine genevois». Voir les enseignes baisser rideau est «très touchant».
Sous-sols et appartements de luxe
Aux numéros 16, 18, 20 et 22, un vaste chantier va démarrer. Propriétaire des immeubles, AXA prévoit une consolidation des sous-sols pour prévenir tout risque d’affaissement, ainsi qu’un réaménagement des étages en appartements de luxe. Deux ans de travaux au minimum… pendant lesquels tous les commerces devront quitter les lieux.
Avec des loyers annoncés nettement plus élevés, la plupart ne reviendront pas. La galerie Latham, installée dans la rue depuis près de trente ans, s’apprête elle aussi à partir. Un départ contraint chargé de souvenirs, mais que Lionel Latham aborde avec optimisme : «J’ai bien l’intention de continuer mon travail d’antiquaire du XXᵉ siècle. Dans mon prochain magasin, il se passera d’autres choses, je suis prêt pour l’aventure de 2026.»
Quartier des banques sans banques
Une page se tourne également pour le tea-room de Laurent Exbrayat. Triste cadeau de Noël, il fermera sa boutique le 24 décembre pour se consacrer à celle de Pont-Rouge. Cinq personnes sont licenciées.
Les futurs travaux et le départ progressif des banques du quartier, dont Lombard Odier, a dit-il vidé la Corraterie de sa fréquentation. «Quand on est commerçant, l’emplacement, c’est le plus important. Nos clients potentiels sont partis. La rue n’a plus la même valeur marchande aujourd’hui.»
Longue route mouvementée
Même la papeterie Brachard, présente ici même depuis 1938, s’interroge. La boutique n’est pas située dans les immeubles concernés par le chantier d’AXA, mais une demande de transformation vise déjà le bâtiment qu’elle occupe, plus précisément, les bâtiments 10, 12 et 14 de la rue, propriété de CAP prévoyance. «Je ne sais pas combien de temps cela va durer, ni quand les travaux commenceront, soupire Jean-Marc Brachard. Mais pour l’instant, on reste. Et si on part pour une courte période, ce sera pour revenir.»
L’assurance AXA n’a pas souhaité s’exprimer sur le projet ni sur son impact pour les commerçants. Elle confirme simplement que les travaux doivent bien commencer début 2026.
La Corraterie s’engage désormais sur une longue route mouvementée.