François Le Fort, le Genevois qui aimait la guerre et le tsar de Russie
François Le Fort ne doit pas sa carrière à sa naissance, mais à son obstination et à ses qualités. Militaire hors pair, ami de Pierre le Grand, ce Genevois fait l’objet du deuxième épisode de notre série historique sur les statues de ceux qui ont fait rayonner Genève. En l'occurrence, jusqu'à Moscou.
Fallait-il qu’il soit audacieux, le jeune François Le Fort, né à Genève en 1656 dans une famille calviniste, pour finir général et amiral de Pierre le Grand, tsar de Russie? Son père le destine à devenir commerçant en tissus, ou droguiste à la rigueur. Mais à quatorze ans, le garçon en décide autrement. Ce qu’il veut, c’est l’aventure, le vaste monde, l’exotisme et le péril. «Il a réussi à convaincre son père de se faire engager en France pour le compte du roi de France, Louis XIV. Finalement, il va se retrouver dans les gardes suisses, un corps d’élite», raconte Christophe Vuilleumier, historien. Après la France, cap sur la Hollande, dans les Provinces-Unies, puis la Russie, «un peu le Far West, extrêmement dangereuse, mais aussi une terre pleine de promesses et d'opportunités».
Fêtes, beuveries, débauche, tour de l’Europe
Après quelques péripéties, le tsar Fédor III lui attribue un brevet de capitaine. Et voilà notre Genevois, 20 ans à peine, expédié au front contre les Tatars de Crimée. À Fédor III succède Pierre Le Grand. La rencontre entre Le Fort et le nouveau souverain va s'avérer décisive. Une amitié indéfectible se noue entre les deux hommes, tous deux très jeunes: fêtes, beuveries, débauche, tour de l’Europe à la tête d’une délégation d’ambassade. Lors de soirées arrosées, Pierre Le Grand, déguisé, passe incognito dans les bars des capitales d'Europe.
Sur le plan militaire, le Genevois a toute la confiance du tsar, et pour cause. Il va obtenir des succès militaires notoires, créer la flotte russe, ce qui lui vaudra d'être nommé amiral, et obtenir le titre de vice-roi de Novgorod. Lorsqu'une disette frappe Genève vers 1690, c’est encore François Le Fort qui fera livrer du blé russe à la ville affamée.
Il n’a qu’un peu plus de 40 ans lorsqu’il meurt. A Moscou, il aura droit à des funérailles dignes d’un héros national. D'ailleurs la Russie offrira ce buste à Genève, lequel trône dans la rue qui porte son nom.