Gauche et droite s'affrontent sur la contraception gratuite
Le PLR genevois appelle à rejeter l'initiative socialiste «Pour une contraception gratuite», en votation le 27 septembre. En cause: le coût, de plus de 20 millions de francs par an, d'un texte «arrosoir» qui ne permet pas de prévenir un problème de santé publique.
«La contraception est une affaire privée, pas une affaire d'Etat», dit l'affiche de votation du PLR. «La contraception touche à ce qu'il y a de plus intime, l'Etat n'a pas à s'en mêler», a ajouté mardi devant les médias Alexis Couniniotis, président des Jeunes libéraux-radicaux (JLR), avant de critiquer une initiative qui 'rate sa cible', au lieu d'aider ceux qui en ont réellement besoin.
Estimé à 20 millions par an «sans les frais médicaux ni administratifs», le coût de la mise en oeuvre de ce texte «va exploser» à l'instar de la gratuité des transports publics, dont le coût est passé de 32 à 53 millions. 'Cette initiative va créer une nouvelle charge contrainte et non maîtrisée pour l'Etat, dans un contexte budgétaire déficitaire', a-t-il déploré.
Santé publique
Constatant une hausse inquiétante des infections sexuellement transmissibles (IST) en Suisse, le PLR prône l'utilisation du préservatif, qui permet aussi de lutter contre les grossesses non désirées. Il préconise aussi de mettre l'accent sur la prévention dans le milieu scolaire par rapport aux risques de rapports non protégés, a détaillé M. Couniniotis.
«Le préservatif gratuit contre les IST relève de la santé publique, alors qu'une grossesse non désirée est un choix personnel», a déclaré Lea Di Benedetto, membre des JLR. Selon elle, le préservatif permet de sensibiliser les jeunes hommes en particulier.
Une équité sociale pour le parti socialiste
«En Suisse, toutes les femmes ne peuvent pas accéder à la contraction sur un pied d'égalité à cause du coût. Il en va de même des hommes, pour qui le préservatif est le moyen le plus utilisé. A Genève, un quart de la population renonce aux soins pour des raisons financières, et donc d'abord à la prévention», a déclaré mardi devant les médias Jacklean Kalibala, députée socialiste et médecin.
«Le prix de la contraception impacte le quotidien des femmes qui préfèrent les moyens à long terme, comme le stérilet ou l'implant, à la pilule. Or ce sont ceux qui coûtent le plus cher», a précisé Geneviève Preti, conseillère en santé sexuelle. Et de relever que le prix est «un frein entre la contraception souhaitée et celle qui est mise en place».
Pour Iren Neeranzona Khan, des Jeunes Vert-e-s, la gratuité doit justement permettre «de garantir à chaque femme la méthode qui lui convient et de prévenir les grossesses non désirées ainsi que les infections sexuellement transmissibles». Car elle a un autre avantage: elle fait que les gens viennent chercher l'information, selon Mme Preti.
Plus d'égalité
La prise en charge, par le canton, des frais liés à la contraception vise ainsi un accès universel à la santé sexuelle et reproductive. Alors que Genève a le taux le plus élevé d'interruptions volontaires de grossesse en Suisse, Laetitia Ammon, sage-femme, sociologue et membre des Femmes du Centre, met en avant les coûts psycho-sociaux d'une IVG ou d'une grossesse non planifiée dans un canton cher.
Pour les partisans de l'initiative, la gratuité est aussi une question d'égalité sociale et de genre. Comme l'a souligné Iris Gamond, secrétaire syndicale chez Unia, «la contraception est une responsabilité partagée, son coût doit l'être aussi».
Préservatifs gratuits
Sur proposition du PLR, la distribution de préservatifs par l'Etat figurait dans le contreprojet élaboré par la commission de la santé et rejeté en plénière, a expliqué le député Pascal Uehlinger. Le Conseil d'Etat a d'ailleurs récemment annoncé la mise à disposition gratuite de préservatifs dans les pharmacies, centres d'accueil sociaux et de santé associatifs ou encore communaux.
«Le contreprojet a été entièrement repris par le gouvernement et est en force», a salué M. Uehlinger. Et de préciser que le préservatif est utilisé comme moyen de contraception dans 42% des cas, contre 31% pour la pilule, 15% pour la vasectomie et 12% pour les implants intra-utérins. «La gratuité de la contraception ne répond pas au problème majeur de santé publique que sont les IST», a-t-il insisté.