Genève

Gironde: les souvenirs inaltérables des pompiers genevois

05.08.2026 17h28 Martin Esposito, Laure Lugon

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Les derniers sapeurs-pompiers genevois partis en renfort en Gironde seront de retour ce jeudi. Retour sur une expérience professionnelle et humaine qui a profondément marqué ces volontaires.

La première chose qu'il évoque, c'est la fumée: «À 400 km du sinistre, nous roulions sur l'autoroute et étions déjà enveloppés dans de la fumée. Une fumée extrêmement épaisse. Par endroit, il fallait mettre les phares à brouillard.» Voilà pour le décor, imprimé dans la mémoire des 68 pompiers romands au total qui ont vécu cette opération d’aide en Gironde. Et singulièrement dans celle du colonel Nicolas Schumacher, commandant du Service d’incendie et de secours (SIS).

Voici la bande-son qui l’accompagne: «C'est surtout des sons, les bruits d'hélicoptères. Quand j'entends aujourd’hui un hélicoptère, j'attends le son de la sirène qui a lieu juste avant le largage», complète le capitaine Stéphane Barjon.

«Les images que je garde ne sont pas forcément celles du feu, de l'incendie en lui-même. Mais celles d'une population hors normes»

Enfin, voici ce qui restera, indélébile: «Un des villages que nous traversions a perdu 183 maisons d'habitation. Les gens vont revenir, vont retrouver leur maison complètement détruite, il ne restera que les quatre murs. Pour d'autres, leur maison est peut-être encore là, mais le paysage aura complètement changé», relate le colonel Schumacher, complété par son collègue: «C’est un paysage qui est par endroit lunaire parce qu'il n'y a plus rien, tout est rasé. À d'autres moments, ce sont des paysages apocalyptiques. Mais sinon, les images que je garde ne sont pas forcément celles du feu, de l'incendie en lui-même. Mais celles d'une population hors normes. Animée d’une solidarité que jusqu’ici je ne connaissais pas.»

Lorsque les pompiers du SIS arrivent sur place, le 26 juillet, ils doivent trouver leur secteur sur 42000 hectares, se repérer sur le plan, évoluer sur des pistes sablonneuses, prendre les ordres auprès des collègues français, et engager. À peine les tenues enfilées, on leur demande d'intervenir dans le village de Marcheprime, en cours d'évacuation. Le feu est violent, il part un peu dans toutes les directions, à cause des changements de vent. «On a travaillé toute la nuit et au petit matin, devant l'ampleur du sinistre, une seconde vague est arrivée sur le flanc droit sur lequel nous nous trouvions, raconte Nicolas Schumacher. Nous avons dû évacuer notre secteur et quelques dizaines de minutes après, tout le secteur pour lequel on s'était battu toute la nuit était en feu. Il faut accepter, il faut être extrêmement humble.»

«On est tellement dans l'action que le repos est secondaire»

L’urgence est telle que l’adrénaline prend le dessus, même après plusieurs jours consécutifs. «On se dit qu'à un moment donné, il va falloir qu'on récupère pour pouvoir continuer, relate Stéphane Barjon. Mais on est tellement dans l'action que le repos est secondaire. Dès qu'on peut, on se pose, on essaie de faire une sieste, on récupère un tout petit peu. Puis on n’attend qu'une chose, c'est de repartir parce qu'on sait qu'on nous attend sur place.»

La collaboration avec les sapeurs-pompiers français va se faire aisément, car les Genevois apprennent la même doctrine, contrairement à d’autres cantons suisses. «Avec les Français, on parle le même langage, on se connaît, explique Nicolas Schumacher. Après quelques jours, c'est encore mieux parce qu'ils savent comment on fonctionne. Nous aussi, on connaît leurs attentes.» Les Genevois vont néanmoins apprendre de nombreux «petits trucs de terrain qui serviront le jour où on sera confronté à un important sinistre de ce type-là à Genève.»

«Nous sommes allés leur apporter un petit peu d'aide, avec les moyens qu'on a, et eux nous l’ont rendu fois mille»

Les sapeurs-pompiers genevois rentrent de Gironde en ayant acquis passablement d'expérience et de savoir-faire pratique. Si la théorie est fondamentale, la pratique, elle, est déterminante: «Nous sommes novices dans ce domaine-là, il faut être très clair, et on a pu bénéficier d'un tas de conseils qu'on emporte avec nous avec reconnaissance.»

Les deux hommes en sont sûrs: nos populations seront prêtes à affronter une catastrophe. Les habitants de la Gironde leur en ont donné la preuve. Avoir tout perdu n’a pas empêché certains de se mobiliser pour aider les forces d’intervention: «Nous sommes allés leur apporter un petit peu d'aide, avec les moyens qu'on a, et eux nous l’ont rendu fois mille, raconte Stéphane Barjon. Nous avons été accueillis dans un lycée professionnel, l'équipe a été incroyable. Ils étaient vraiment aux petits soins pour nous, alors qu'on ne demandait rien. Quand on s'est quittés, tout le monde avait la larme à l'œil. En l'espace d'une semaine, c'était vraiment marquant.»

Au total, 3'300 soldats du feu ont été mobilisés sur cet incendie, considéré comme l’un des plus dévastateurs depuis cinquante ans. Si les pompiers genevois sont revenus, leurs homologues aquitains seront encore mobilisés de longs mois. Le feu peut couver longtemps sous terre, menace d’un nouveau désastre.