Hausse des tarifs des crèches à Lancy: le désarroi des parents
Les nouveaux barèmes imposés aux classes aisées par la commune auront des conséquences concrètes sur leur quotidien. Témoignages.
À partir de 2027, certains ménages de Lancy verront la facture de la crèche grimper de plusieurs dizaines de milliers de francs par année après la révision des tarifs décidée par la commune. Celle-ci a imposé une hausse linéaire de 4%, mais a réservé une mauvaise surprise aux plus hauts revenus: le plafond au-delà duquel le prix de la garde n’augmente plus va passer de 178'000 francs à 260'000 francs. Une famille avec un revenu de 260'000 francs annuels. paiera 40'000 francs de garde pour un plein temps à la crèche. Soit le double du prix réclamé en Ville de Genève.
Avec deux enfants, Michaël s’attend à une augmentation de 60 à 80%. «Ça nous laisse très peu de temps pour trouver d'autres solutions, car la crèche rouvre dans trois semaines, les grilles tarifaires entrent en vigueur le 1er et janvier, ça nous laisse donc à peine 5 ou 6 mois, sachant que la plupart des établissements privés et publics sont déjà complets. Pour beaucoup de gens concernés, la question se pose de réduire le temps de travail. Dans notre groupe, plusieurs personnes y songent, hommes ou femmes.»
«À 180 000 francs par an, on n'a pas droit aux aides ni aux subventions»
C’est le cas de Julie et Simon, lequel a réduit son temps de travail. Jusqu’à maintenant, leur enfant passait la moitié de la semaine dans une crèche privée, l’autre dans une crèche publique. Ils viennent d’obtenir une garde entière dans une crèche communale. Mais leur satisfaction s’est vite envolée: ils vont devoir débourser 5000 francs de plus par an avec ces nouveaux tarifs. Un surcoût important: «À 180 000 francs par an, on n'a pas droit aux aides ni aux subventions. Or on subit aussi les augmentations des assurances maladie chaque année, tout comme l'inflation. Et les augmentations de salaire ne suivent pas. On va payer 28% de plus pour la crèche. Ça devient compliqué.»
Les parents dénoncent une mesure qui cible la classe moyenne supérieure, alors que «les bas revenus continuent de payer le même tarif». Pour Julie et Simon, cette hausse aura des répercussions concrètes: «Nous allons devoir reconsidérer un certain nombre de choses, que ce soit des vacances, un deuxième enfant, ou des projets immobiliers.»
«La situation actuelle fait que proportionnellement à leurs revenus, ces familles payent moins que des familles qui gagnent par exemple 150 000 francs ou même que 30 000 francs»
Pour la commune, l’équité réside justement dans cette réforme. Elle rappelle aussi que près de trois-quarts du coût réel d'une place en crèche reste financé par les pouvoirs publics et que plusieurs nouvelles structures sont en construction. La maire socialiste, Salima Moyard, s’en explique: «La situation actuelle fait que proportionnellement à leurs revenus, ces familles payent moins que des familles qui gagnent par exemple 150 000 francs ou même que 30 000 francs. Et ça, c'est injuste.» Elle estime aussi que les familles auront le temps de se réorganiser en six mois, avant la mise en vigueur de cette réforme.
Ce n’est pas ainsi que les familles l’entendent. Michaël va même jusqu’à suggérer à la maire une autre attitude: «Il serait souhaitable qu’elle cesse de nous prendre pour des enfants capricieux. Car sa réforme est moralement discutable. Je prends ça pour une prise d’otages directe de mes enfants. La moindre des choses aurait été de vraiment d’attendre ou de repousser la mesure en août 2027.»
En parallèle des discussions avec l'Exécutif, les familles ont lancé une pétition. Elles espèrent encore faire reculer la commune.