Initiative lancée pour des assemblées citoyennes thématiques
Le Parlement des jeunes et l’association Déclic’ Démocratique lancent une initiative constitutionnelle cantonale. Leur objectif: créer des assemblées citoyennes thématiques, composées de personnes tirées au sort, pour traiter des sujets bloqués dans le débat politique genevois.
Deux associations de jeunes veulent ajouter un nouvel outil à la démocratie genevoise. Le Parlement des jeunes, présidé par Mathieu Beer, et Déclic’ Démocratique fondée pour l’occasion, présidée par Caroline Geisinger, souhaitent instaurer des assemblées citoyennes thématiques.
Pourquoi une telle démarche ? «On fait face à une sorte d’apathie politique généralisée», estime Mathieu Beer. Selon lui, «il y a de plus en plus d’abstentions» et «une méfiance qui est de plus en plus grande envers les autorités». Pour les initiants, la situation ne peut plus durer.
Cet organe délibératif devra remettre un rapport au Parlement cantonal, mais il pourra aussi lui soumettre, ainsi qu'au Conseil d'Etat, des propositions. Les 50 membres de chaque assemblée citoyenne seraient tirés au sort afin d'être représentatifs de la population en termes de genre, d'âge et de domicile, voire de niveau de formation. Le mécanisme proposé serait déclenché par 2% du corps électoral ou par une majorité du Grand Conseil. L’objectif: traiter des sujets «particulièrement bloqués dans le débat démocratique», explique Caroline Geisinger.
Inciter les jeunes à la vie politique
Mobilité, climat, logement: les initiants citent plusieurs dossiers régulièrement au cœur des crispations genevoises. «À Genève, on ne manque pas de sujets brûlants qui reviennent en boucle», souligne Mathieu Beer. Pour lui, une assemblée citoyenne permettrait «de faire rencontrer des milieux différents pour trouver du compromis».
Les deux associations veulent aussi mieux intégrer les jeunes au débat politique. «Au Grand Conseil, il y a assez peu de jeunes», relève Caroline Geisinger. Selon elle, cette partie de la population reste «sous-représentée en politique aujourd’hui». Mais cela ne signifie pas qu’elle s’en désintéresse. «Les jeunes se mobilisent en manifestation, postent des posts politiques sur les réseaux», rappelle-t-elle. «La mobilisation aujourd’hui est différente et ne passe pas forcément par les urnes.»
Mathieu Beer défend, lui, la nécessité d’innover. «Les statistiques montrent qu’une majorité de la population jeune s’intéresse aux enjeux politiques», affirme-t-il. Il compare cette démarche aux grandes évolutions de la démocratie suisse: «En 1874, la Constitution fédérale a introduit le référendum facultatif. Ça avait soulevé beaucoup d’opposition à l’époque.» Et d’ajouter: «C’est important de ne pas avoir peur d’innover.»
Un projet apartisan
Les initiants rejettent l’idée d’un projet partisan. «Le comité, comme il est aujourd’hui, est apartisan», insiste Caroline Geisinger. «On n’est porté par aucun parti, on est un comité citoyen.» Le but, poursuit-elle, est d’aller au-delà des clivages gauche-droite et de permettre «de vraies discussions et des vrais échanges d’idées», loin des clashs idéologiques entre partis.
Mathieu Beer précise que ces assemblées ne visent pas à remplacer les institutions existantes. «Le but n’est vraiment pas de remplacer le Grand Conseil, il peut dormir tranquille», affirme-t-il. Le dispositif se veut complémentaire à ce qui existe, avec l’ambition de «créer de nouveaux moyens de faire de la politique».
La récolte de signatures démarre désormais. Caroline Geisinger se dit «plutôt confiante». Les deux associations comptent sur leur réseau et sur les premiers soutiens déjà annoncés.