Genève

Jobs d’été à l’État: les proches des employés sont prioritaires

14.10.2026 18h43 Denis PALMA

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À Genève, les liens familiaux peuvent faire la différence pour décrocher un job d’été dans l’administration cantonale. Le Conseil d’État reconnaît accorder la priorité aux proches de ses collaborateurs lorsque les candidatures sont trop nombreuses. Une pratique ancienne, aujourd’hui contestée au Grand Conseil. Le député indépendant Marc Saudan a déposé une motion pour y mettre fin.

En 2026, 140 jeunes ont décroché un job d’été dans les départements de l’État de Genève, pour au moins 406 candidatures recensées. 

Mais derrière ces recrutements se cache un usage peu connu, désormais reconnu par le Conseil d’État lui-même: lorsque les demandes dépassent les places disponibles, les candidats ayant un lien familial avec un employé de l’administration sont prioritaires.

Un «privilège d’Ancien Régime» dénoncé

Cette pratique a été révélée dans une réponse du Conseil d’État à une question écrite du député désormais indépendant Marc Saudan. Pour lui, cette priorité familiale n’a plus sa place dans une administration publique financée par les contribuables.

«Cet usage est particulièrement scandaleux, surtout que ce sont des postes qui sont financés par nos impôts. Ça ressemble un peu à un privilège de l'ancien régime. C'est pour ça que j'ai déposé une motion pour avoir des critères clairs, définis et impartiaux pour l'obtention de ces stages d’été, en incluant aussi les régies autonomes comme l'hôpital, les SIG et l'IMAD.»

Mais combien de jeunes ont réellement bénéficié de cette préférence familiale? L’État n’est pas en mesure de répondre. Il invoque l’absence de données fiables et la nécessité de respecter la confidentialité des données des personnes concernées.

Des réactions à gauche comme à droite

Au Grand Conseil, cette absence de chiffres suscite des interrogations. Le Parti socialiste pointe notamment le manque de transparence sur le nombre de bénéficiaires.

«Le fait que le Conseil d'État dise que pour des questions de confidentialité, il ne peut pas donner la proportion d'enfants de fonctionnaires, c'est surprenant. On demande juste la proportion. Cela laisse à penser que cela pourrait être du copinage, alors que j'en suis loin d'être sûr», estime le député socialiste Matthieu Jotterand.

Au PLR, la réaction est plus virulente. Le parti affirme découvrir cette pratique et la juge contraire au principe d’égalité des chances.

«Je suis atterré et scandalisé. La constitution genevoise indique que l'État est responsable de faciliter la formation et de promouvoir l'égalité des chances. Et on est ici vraiment dans une situation de passe-droit, de favoritisme qui n'est absolument pas acceptable», s’insurge Pierre Nicollier, président du PLR Genève.

Nathalie Fontanet ne prévoit pas de changer les règles

Contactée, la conseillère d’État Nathalie Fontanet confirme que cette priorité familiale est appliquée depuis de nombreuses années. Les jobs d’été durent généralement quelques semaines et sont rémunérés au salaire minimum.

La magistrate n’envisage toutefois pas de modifier cette pratique pour l’instant. Elle se dit néanmoins disposée à examiner une éventuelle proposition des députés visant à revoir les critères de recrutement.

Ailleurs dans le secteur public, les règles diffèrent. Contactées, la Ville de Genève et plusieurs communes indiquent privilégier les jeunes domiciliés sur leur territoire, plutôt que les proches de leurs employés.

En cinq ans, 723 jeunes ont décroché un job d’été dans les départements cantonaux. Des postes parfois très convoités: en 2026, le Département de l’instruction publique a enregistré 217 candidatures pour seulement 16 engagements. Mais une question reste sans réponse: combien de ces emplois ont été attribués à des jeunes bénéficiant d’un lien familial avec l’administration?