Genève

L’attractivité de Genève se révèle plus fragile qu’escompté

15.09.2026 12h00 Laure Lugon Zugravu

Le canton est pénalisé par sa fiscalité, ses finances publiques et ses infrastructures. Il occupe la septième place dans un classement intercantonal.

N’en déplaise à ceux qui prétendent que Genève est un canton très attractif, il n’est que 7e en comparaison avec les autres. C’est le résultat d’une étude confiée à l’institut CREA d’économie appliquée de la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne, commandé par la Fondation pour l’attractivité du canton de Genève (Flag). Premier classement du genre, il compare l’attractivité économique des cantons suisses à travers plusieurs indicateurs. Premier constat, sans surprise: Genève accuse un point faible est pénalisé par sa fiscalité, ses finances publiques et ses infrastructures.

«Genève ne manque ni de talents, ni d’innovation; ce sont ses conditions-cadres qui l’empêchent de rejoindre le peloton de tête», affirme Karine Curti, directrice de la FLAG, lors de la présentation du rapport, mardi. La FLAG qui vient de planter un clou dans le cercueil des finances publiques genevoises, à la veille de la présentation du budget et des mesures d’économies, ce jeudi. Où il faudra s’attendre à la colère de la gauche pour outrance de coupes et à celle de la droite pour insuffisance de ces mêmes coupes.

Genève derrière les cantons de Vaud, Bâle-Ville, Neuchâtel, Zurich

En tête du classement de CREA caracole Zoug, évidemment, talonné par Bâle-Ville. Vient ensuite le canton de Vaud, malgré sa lourde fiscalité, puis Neuchâtel, Zurich et Schaffhouse dans un mouchoir de poche. Le CREA est formel: si Genève ne se classait pas bon dernier (26e) pour la compétitivité fiscale est budgétaire, il pourrait gagner jusqu’à trois places au classement général et se hisser à la quatrième place.

L’institut relève plusieurs handicaps. Tout d’abord, une fiscalité plus élevée que la plupart des cantons concurrents, notamment pour les hauts revenus, «ce qui rend les finances cantonales fortement dépendantes d’un nombre limité de contribuables.» Ensuite, un niveau de dépenses important, des charges de personnel élevées et un endettement record. Le niveau d’endettement par habitant relègue le canton à la dernière place. Quant aux dépenses de personnel par habitant, elles sont les plus élevées de Suisse. À la veille de la présentation du budget qui annonce un automne syndical chaud, ces chiffres nourriront les débats.

Le taux de criminalité, en hausse, péjore le canton

Mais la liste des lacunes ne s’arrête pas aux habitudes dispendieuses du canton. La qualité des infrastructures pèche elle aussi et Genève se classe 10e. Malgré la construction de logements, la pénurie reste l’une des plus marquées de Suisse. Parmi les causes, le CREA relève la lenteur du canton à délivrer les permis de construire (26e rang), qui met trois fois plus de temps que le canton de Vaud. Sur la mobilité aussi, Genève peut mieux faire. L’institut relève l’excellente desserte en transports publics, mais la congestion routière (là aussi le pire canton). Cela pèse non seulement sur les particuliers, mais surtout sur la productivité des entreprises.

Autre souci de nature à faire baisser l’attractivité de Genève: la sécurité n’est plus de mise, reléguant le canton aux 24e et 25 places en termes de taux de criminalité, notamment les violences graves en augmentation depuis 2019. Enfin, question durabilité, Genève est encore loin des objectifs climatiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les salaires élevés de Genève attirent les talents

Mais le canton a encore de beaux atouts. Le principal, qui n’est plus à démontrer, c’est son attractivité du marché du travail (3e). Avec des salaires parmi les plus élevés du pays, Genève attire les talents et parvient à les retenir.

Cinquième de Suisse en termes d’innovation et de croissance, il performe grâce au niveau de qualifications des employés, à la sophistication de ses exportations et à sa capacité à créer de nouvelles entreprises. Mais Genève ne parvient pas à rivaliser avec Zoug et Bâle-Ville. En cause: productivité du travail plus faible, nombre de brevets limité, économie moins spécialisée dans la recherche et le développement. Des éléments qui obèrent la perspective de croissance du canton (le CREA attend une progression de 6% du PIB genevois au cours des dix prochaines années).

Si Genève ne veut pas perdre du terrain, il s’agit, selon l’institut, d’améliorer la compétitivité fiscale et budgétaire ainsi que la qualité des infrastructures, de rendre le secteur public plus efficient, et enfin de mieux maîtriser les dépenses de l’État. Des conclusions qui donneront de l’énergie à la droite en prévision du projet de budget de l’État. La gauche, elle, saura sans doute comment les minimiser.