Genève

L'autopsie inédite de l'assassin de Sissi dévoilée

10.09.2025 19h18 Denis PALMA

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127 ans après l’assassinat de Sissi à Genève, les archives de l’État dévoilent l’autopsie inédite de son meurtrier Luigi Lucheni, longtemps considérée comme perdue. Ce document ainsi que l’enquête de police éclaire d’un jour nouveau la personnalité de l’anarchiste, loin du stéréotype du tueur primitif.

Le 10 septembre 1898, sur le quai du Mont-Blanc, l’impératrice est poignardée en pleine rue. Elle s’éteint quelques heures plus tard à l’hôtel Beau-Rivage. Le drame fait aussitôt le tour du monde et, dès le lendemain, une cérémonie publique rassemble la foule genevoise.

Lucheni, un homme lettré 

Rapidement, la presse dresse le portrait d’un anarchiste sanguinaire et primitif. Pourtant, dès le lendemain du meurtre, Lucheni adresse une lettre à un journal napolitain. Il s’y revendique anarchiste mais entend récuser toute récupération par les criminologues de son temps, dont Cesare Lombroso, qui voyait dans les traits physiques l’origine du crime. «Il cite Lombroso quand il dit “je ne suis pas un délinquant”. Le livre phare de Lombroso en italien, c’est “L’uomo delincante”. Donc il connaît cette doctrine-là, et les autres aussi. Théories qu’il récuse», explique Ludovic Maugué, qui a exploré ses archives judiciaires. «Lucheni est un individu lettré qui va continuer à se cultiver en prison de manière très intense. C’est-à-dire qu’il va emprunter énormément de livres. Il lit énormément. Il a lu tout Montesquieu, tout Voltaire, il a lu Schopenhauer, il lit la Bible quand bien même il est athée.»

La justice enquête jusqu'en Argentine 

Face à l’émotion mondiale, la justice genevoise enquête en profondeur, craignant l’existence d’une organisation anarchiste. «Cette enquête va notamment se déployer jusqu’en Argentine puisqu’à un moment on cherche un certain supposé complice qui se serait retrouvé là-bas. On écrit donc à la délégation suisse en Argentine de bien vouloir diligenter des enquêtes sur place. Et ça on le fait dans plein de pays d’Europe, en Angleterre, en France, en Autriche, en Autriche-Hongrie», ajoute le chercheur.  

Après douze ans de détention, le 19 octobre 1910, Lucheni est retrouvé mort dans sa cellule, pendu avec sa ceinture. Son autopsie, réalisée à la morgue de la rue de l’école de médecine, n’avait jamais été publiée, nourrissant fantasmes et rumeurs pendant plus d’un siècle.

L'autopsie de Lucheni exhumée par les archivistes d'État 

C’est au détour de registres que les archivistes de l’État de Genève ont mis la main sur ce rapport. «Ce document n’était pas caché ou perdu. Mais il a fallu enquêter pour le retrouver avec beaucoup de rigueur car la morgue avait déménagé et donc changé de département de tutelle», souligne Anouk Dunant Gonzenbach, archiviste d'État adjointe.

Elle en résume son contenu: «Le rapport d’autopsie de Luigi Luccheni a été écrit par le docteur Louis Mégevand. Il y a son nom, son prénom, sa date de naissance, la date de son décès. Cause de la mort, on peut lire pendaison entre parenthèses, suicide. On trouve sur ce rapport d’autopsie des coupures de presse. Sur la page de droite, on voit vraiment le rapport d’autopsie où organe par organe, le docteur décrit le poids de chaque organe, le cerveau, le cœur, les poumons, le foie, qui ont été pesés.»

Comment interpréter ce document inédit? Aux historiens désormais de se pencher sur cette nouvelle page de l’histoire de l’assassin de Sissi. L’ensemble de ces archives sera présenté vendredi lors des Midis des archives, en Vieille-Ville.