L’ombre de l’IA plane sur le Grand Conseil
Des textes parlementaires entièrement rédigés par l'intelligence artificielle? Le Sautier du Grand Conseil met en garde les députés contre un recours excessif à ces outils. Il rappelle également les risques liés à la confidentialité des documents. Une intervention qui suscite des réactions contrastées parmi les élus.
L'intelligence artificielle aurait-elle pris trop de place dans le travail des députés genevois? Dans un courriel adressé à l'ensemble du parlement cantonal, le Sautier Laurent Koelliker rappelle les limites à ne pas franchir.
Le Bureau du Grand Conseil prévient que les textes «manifestement générés uniquement» par l'intelligence artificielle devront être retravaillés par leurs auteurs avant d'être enregistrés. Il rappelle également l'interdiction de téléverser des procès-verbaux et des documents de commission dans ces outils.
Entre aide à la rédaction et dérive démocratique
Pour Ana Roch, cheffe de groupe du MCG, l'intelligence artificielle fait désormais partie du quotidien. Son utilisation pour effectuer des recherches ou corriger un texte ne pose pas de problème. En revanche, «ce qu'on ne doit pas faire, c'est lui demander d'élaborer un texte pour le Grand Conseil».
Julien Nicolet-dit-Félix, député Vert, est plus critique: «À partir du moment où c'est l'intelligence artificielle qui rédige un texte, qui se substitue à la personne élue en matière de valeur, en matière d'idées, il y a tromperie pour les électeurs. Ce n'est plus la personne que l’électeur a élue qui produit ces textes, mais c'est une machine» déplore l’élu écologiste.
Il alerte également sur les risques de divulgation de données: «Il y a toute une série de documents confidentiels que nous utilisons, notamment pour faire les rapports de commission. Les PV de commission sont confidentiels, et à partir du moment où certains collègues les téléverseraient dans des intelligences artificielles, qui sont en fait des logiciels détenus par des entreprises privées, friandes de nos données et des données confidentielles, là, ça poserait un énorme problème de sécurité» s’inquiète-t-il.
Du côté du PLR, Jean-Pierre Pasquier défend une approche plus pragmatique. L'intelligence artificielle peut servir de point de départ à la rédaction d'un objet parlementaire, à condition que le député maîtrise son sujet et vérifie les informations produites.
La question pourrait aussi se poser en matière d'équipement informatique. Au Parlement fédéral, un assistant d'intelligence artificielle spécialement conçu pour les élus est déjà disponible. Un modèle dont Genève pourrait, à terme, s'inspirer.