Genève

La Caisse publique de prêts sur gages, une famille formidable

09.10.2025 11h45 Jérémy Seydoux

CPPG Les responsables promettent de corriger le tir si des erreurs ont été commises. De gauche à droite: Lorella Bertani, présidente, et Lynn Bertholet, administratrice déléguée, ayant perçu des rémunérations exceptionnelles et des mandats.

Rémunérations exceptionnelles, recrutements de proches, école lyonnaise payée à un stagiaire français, l’institution publique présidée par la socialiste Lorella Bertani, est dans le viseur de la Cour des Comptes révèle Léman Bleu. Les situations touchent les membres de la direction, de même que des versements en faveur d’une administratrice, l'ex-verte Lynn Bertholet. 

Dans la famille de la direction, je voudrais le mari, le conjoint, la fille, le père, le beau-père ou simplement quelques amis. Bonnes pioches! La Caisse publique de prêts sur gages tient peut-être une version modernisée d’un célèbre jeu de société. 

Pour des coups de main, des extras ou des travaux, tous ont reçu des versements oscillant entre 500 et 3’000 francs par personne depuis l’année dernière. C'est sans compter le stage, rémunéré bien sûr, que la fille de la codirectrice termine en ce moment au sein de la Caisse. Le deuxième en moins d’un an. En tout, l’addition de tous ces montants avoisine 25’000 francs.

Mais la Cour des comptes, gendarme des dépenses publiques, pourrait bien sonner la fin de la partie. Elle examine en ce moment quantité d’alertes et autres fichiers questionnant la gouvernance de cette entité publique, sous la tutelle du département des finances, qui vient de souffler ses 150 bougies. Les constatations des magistrats sont attendues tout prochainement. 

En plus de sa rémunération, une administratrice facture ses services à la Caisse

En parallèle, Léman Bleu a appris la démission avec effet immédiat d’une administratrice ex-MCG passée à l'UDC, dont la décision est motivée par des «désaccords récurrents» quant aux «fondamentaux d’une bonne gestion de la Caisse». Cette dernière regrette dans un courrier des décisions d’engagement «qui favorisent des proches», l’octroi de rémunérations exceptionnelles et de mandats jugés problématiques. 

De quoi parle-t-on? Selon nos informations, une administratrice facture ses services à la Caisse, en plus de sa rémunération. L'ancienne candidate verte au Conseil national Lynn Bertholet - ayant quitté le parti depuis - administratrice déléguée, s'est fait verser au début de l’été 15’000 francs de la Caisse en plus de sa rétribution annuelle de 14’000 francs, telle que prévue dans la loi. Elle s’est également fait octroyer un mandat à hauteur de 1’600 francs pour animer elle-même des formations internes. 

École lyonnaise payée à un stagiaire français

Autre élément, le cas d’un stagiaire français recruté l’année dernière pour deux ans, mais au bénéfice d’un contrat à durée indéterminée. Léman Bleu a pu consulter des documents internes montrant que la Caisse paie la moitié de sa formation effectuée à Lyon.

Toutes ces décisions auraient bénéficié d’un blanc-seing du Conseil d’administration, composé de représentants de tous les partis politiques et de deux représentants du Conseil d’État, parmi lesquels la présidente, la socialiste Lorella Bertani en place depuis 2014, et Lynn Bertholet, administratrice déléguée. Huit administrateurs pour cinq collaborateurs, tout de même. 

«Si d’éventuelles erreurs ont été commises, elles seront corrigées» 

C’est d’ailleurs Lynn Bertholet qui répond à Léman Bleu au nom de la CPPG, après que notre rédaction a sollicité Lorella Bertani pour un entretien. Cette dernière n’entend rien commenter avant que la Cour des Comptes ne rende ses conclusions «par respect pour sa mission et l’intégrité de son enquête».

Elle assure: «Si d'éventuelles erreurs ont pu être commises, elles seront bien évidemment corrigées». Lynn Bertholet dit coopérer «pleinement» et «s’engage à appliquer sans délai les recommandations qui pourraient en découler, considérant cette démarche comme une réelle opportunité d’améliorer ses pratiques» tout en soulignant que la CPPG est une institution autonome sans subvention de l’État. 

Par dessus le marché, depuis l’année dernière, une co-directrice et un co-directeur tiennent la boutique. Ces derniers, déjà employés au sein de la Caisse, ont été promus au pied-levé à la suite de l’absence pour maladie de l’ancien directeur, absence ayant conduit à son licenciement, licenciement faisant l’objet d’un conflit larvé que la justice aura à trancher. Affaire à suivre. 

Qu’est-ce que la Caisse publique de prêts sur gages ?

La CPPG est un service public qui prête de l'argent en échange d'objets de valeur, offrant des fonds rapides sans endettement. Si le prêt est remboursé, l’objet est restitué. Sinon, il est vendu aux enchères. Garantie par l’État de Genève, cette Caisse bénéficie d’un monopole et est seule autorisée à pratiquer dans le canton. Elle a à ce titre le même statut qu’une régie publique autonome - comme le sont les SIG ou les TPG - et agit sous la tutelle du Conseil d’État. Sa mission est avant tout sociale et vise à aider les personnes dans le besoin en les protégeant des usuriers.