Genève

La clim, ce Graal en période de canicule que Genève se refuse

28.07.2026 16h14 Laure Lugon, Martin Esposito

Genève est le canton le plus restrictif en matière de climatiseurs fixes. La droite veut assouplir les conditions, sans aller jusqu’à libéraliser.

Les habitants de villas le savent bien: s’ils bénéficient de climatiseurs fixes, chers, efficaces et insonores, c’est qu’ils les ont installés sans autorisation. À Genève, le commerce de clims pirates est en plein essor, et ce depuis des années.

En Suisse, il n'existe pas de loi fédérale sur la climatisation fixe. Chaque canton légifère, en fonction des normes énergétiques et environnementales. Le Valais, le Jura et Berne sont les plus tolérants. Sans surprise, Genève est le canton le plus restrictif. Les climatiseurs fixes y sont tout simplement interdits, sauf dérogation et certificat médical. Il faut faire «la preuve du besoin», c’est-à-dire démontrer sa vulnérabilité. La plupart des cantons ont remplacé cette preuve par des exigences techniques, explique la Conférence des services cantonaux de l’énergie. Mais pas Genève. Ici, si les privés n’ont aucune chance d’obtenir une autorisation, certains EMS ont même dû désinstaller des climatisations non autorisées. En juin, des écoles ont été contraintes de fermer en raison de la chaleur.

Plus de tabou, mais toujours pas d'assouplissement

Si les propriétaires de maisons installent des appareils fixes sous le manteau, les habitants des quartiers densément peuplés ne peuvent pas prendre le risque de contrevenir à la loi. Difficile en effet de cacher l’objet du délit sur la façade d’une barre d’immeubles. C’est pourtant dans ces zones-là que la chaleur est la plus intense. Certains locataires se rabattent sur des climatiseurs mobiles dont les tuyaux sortent des fenêtres, des installations peu efficaces, bruyantes et énergivores.

Le débat a pris une tournure politique. Les écologistes déclarent que la question n’est plus taboue, mais ne proposent aucun assouplissement. Ils maintiennent la preuve du besoin. La droite veut flexibiliser sans oser réclamer la libéralisation, alors que Genève produit trop d’énergie solaire l’été.

Un projet de loi de l’UDC va un peu plus loin: il vise à assouplir les conditions dans les établissements médicaux, les EMS et les écoles, mais conditionne l’obtention de la climatisation pour les particuliers à la puissance de l’appareil et à la garantie d’être alimentés à l’énergie renouvelable. C’est le cas dans les cantons de Fribourg et Neuchâtel par exemple, où l'énergie consommée par le climatiseur doit être compensée par une énergie renouvelable locale. Dans le canton de Vaud, seule la moitié de la compensation est exigée.

Les débats n’en sont qu’à leurs débuts. À ce rythme, les Genevois peuvent se préparer à suer durablement.