La colère de la Tribune de Genève devant les licenciements annoncés
La rédaction de la Tribune de Genève a débrayé ce matin. Menacée par des années de restructuration, la Julie a mal à son journalisme local. Les employés dénoncent une stratégie qui va dans le mur et des pouvoirs publics qui détournent les yeux.
Accablement, colère. Les nouveaux 41 licenciements dans les titres de Tamedia – qui édite notamment la Tribune de Genève, 24 heures et Le Matin Dimanche – ne passent pas. En Suisse romande, 13 postes sont concernés, dont deux délégués syndicaux. La direction avait proposé un plan de départs volontaires. Elle n’a pas pris toutes ces demandes en considération et a licencié d’autres collaborateurs. Devant la Tribune de Genève, les journalistes dénoncent une direction «qui ne comprend pas le journalisme», et dont «la brutalité s’ajoute à l’incompétence».
«Les politiques nous regardent crever charrette après charrette, versent des larmes de crocodile mais n'agissent pas»
La Ville a fait savoir sa consternation dans un communiqué et demandé à l’éditeur de renoncer à ces licenciements. Les journalistes ne sont pas dupes: «Les politiques nous regardent crever charrette après charrette. Ils versent des larmes de crocodile mais n'agissent pas. Moi, mon message aux politiques, c'est qu'ils peuvent garder leurs larmes parce que le jour où les journalistes ne seront plus là pour aller à leurs conférences de presse, pour couvrir les événements qu'ils auront initiés, pour faire des enquêtes qui montrent le dessous des choses, on aura fait le lit des populismes, on aura polarisé définitivement la société et tout le monde pleurera.»
Fondée en 1879, la Julie aura vraiment eu le temps de tisser un lien de proximité avec ses lecteurs. Depuis quelques années, les restructurations se succèdent à un rythme soutenu. En 2024, l’éditeur a imposé une nouvelle stratégie destinée à redresser les titres, avec des contenus traduits de l’allemand et parfois générés par l’intelligence artificielle. Un insuccès.
«C'est impossible de couvrir avec la même intensité ce qui se passe dans les parlements communaux, dans les villages, et même au Grand Conseil. C'est un crève-cœur»
Rachad Armanios déplore que la rubrique locale, forte de 22 journalistes il y a 10 ans, soit passée à 12, et bientôt à 9: «C'est impossible de couvrir avec la même intensité ce qui se passe dans les parlements communaux, dans les villages, et même au Grand Conseil. La rubrique culturelle a été complètement saignée en 2024. C'est un crève-cœur, on a une telle richesse au niveau culturel dans ce canton. Et quand j’ouvre le journal le samedi, je lis des informations sur la vie d’acteurs hollywoodiens, ce qui m’intéresse moyennement.» Pendant ce temps, on tourne un mauvais film à la rue des Rois.
La mobilisation des employés de Tamedia a aussi eu lieu à Lausanne, Zurich, Berne et Bâle. Une motion de défiance envers la direction a été votée.