La mendicité, nouveau champ de bataille politique
Le ton monte à propos de l’explosion de la mendicité à Genève. Face à une loi trop floue pour être appliquée, les politiques sont divisés. La gauche veut l'annuler, la droite l'adapter.
« Aujourd'hui, on atteint les limites de nos capacités. Il faut que le canton prenne ses responsabilités en légiférant sur la mendicité parce que si ces campements existent, c'est parce que la mendicité est tolérée à Genève.» C’est avec ces mots prononcés sur notre plateau que la conseillère administrative chargée de la sécurité en Ville de Genève, Marie Barbey-Chappuis, a renvoyé la conseillère d’État Carole-Anne Kast à ses études.
Face à l’insalubrité et au sentiment d’insécurité en augmentation depuis des mois, la Ville a dû réagir. Cet été, la police municipale a procédé à 55 interventions sur les campements et à 22 évacuations avec l’appui de la voirie. Pas moins de 13 tonnes de matériel ont été évacuées, vieux matelas et déchets. Mais les autorités communales constatent que les mendiants sont réapprovisionnés aussitôt et que les matelas saisis le matin réapparaissent le soir.
«Nous attendons du Conseil d'État qu'il concrétise la législation genevoise»
Habitants et commerçants s’alarment. Certains ont écrit au Conseil d’État, qui pour l’heure n’a pas répondu. Directeur de Bongénie, Loïc Brunschwig déplore qu’aux nombreux problèmes auxquels font face les enseignes de la place – «manque de places de parking, travaux au centre-ville, manifestations – s’ajoute celui de la mendicité: «La mendicité parfois agressive contribue à ce sentiment d'insécurité et donc freine encore plus les gens à vouloir descendre au centre-ville.»
La situation s’est dégradée depuis que le Tribunal fédéral a donné raison à des recourants et retoqué la loi genevoise sur la mendicité, jugée trop floue. «La réalité, c'est que la Cour européenne des droits de l'homme n'a absolument pas dépénalisé la mendicité en Europe, tout comme le Tribunal fédéral n'a absolument pas annulé la loi genevoise», explique Murat Alder, chef de groupe PLR au Grand Conseil. Le canton devrait préciser cette dernière pour la rendre applicable: «Et c'est là où nous attendons de la part du Conseil d'État qu'il concrétise la législation genevoise pour répondre aussi aux attentes qui avaient été formulées par le Tribunal fédéral. Mais il n'y a pas besoin de modifier la législation genevoise, sauf si c'est pour clarifier le contenu si le Conseil d'État ne devait pas le faire de lui-même», poursuit l’élu.
«Les volontés de criminaliser, d'interdire la mendicité ont échoué»
À gauche, on ne veut pas entendre parler d’une adaptation de la loi, car on veut tout simplement la supprimer. «Les volontés de criminaliser, d'interdire la mendicité ont échoué, estime Sylvain Thévoz, député socialiste au Grand Conseil. Ça fait du mal à Genève, aux droits fondamentaux, parce qu'on est la risée au niveau du droit européen. Il faut trouver un autre chemin, qui ne passe pas par mettre les gens en prison. Ça coûte plus de 30 millions, selon les associations. Il faut donc une réponse sociale plus forte, devant une crise fondamentale.»
Le député socialiste a déposé un projet de loi en ce sens. Deux autres projets de loi sont actuellement traités par le Grand Conseil, un projet UDC et un autre du Centre. La bataille se jouera sur le terrain politique.