La première citoyenne critiquée par ses pairs après un «like» pro-casseurs
Dilara Bayrak, présidente du Grand Conseil, a liké un post appelant à la solidarité avec les Black blocs. Ce geste est-il admissible à cette fonction? Les anciens présidents du Grand Conseil sont partagés, selon leur couleur politique.
«Brûler une Tesla et briser les vitrines des banques, ça fait partie de la lutte, que vous le vouliez ou non. Si vous êtes choqués par les dégâts matériels du grand capital ou que vous vous dissociez des manifestants violents, vous faites partie du problème et on n’est pas ensemble.»
Ce post sur un réseau social a été «aimé» par la présidente du Grand Conseil, l’écologiste Dilara Bayrak. Si elle a retiré son like, il n’a pas échappé à Daniel Sormanni, conseiller national MCG, qui s’en est ému sur les réseaux. Aussitôt, le geste a suscité la polémique.
«Il est parfaitement inadmissible qu'une présidente en exercice approuve sur un réseau social les violences urbaines et la casse des Black Blocs»
Légitimer la violence par un pouce levé est-il compatible avec la fonction de première citoyenne du canton? La question est diversement appréciée par ceux qui ont occupé le perchoir avant la Verte. Pour Jean Romain, ancien président PLR du Grand Conseil, «il est parfaitement inadmissible qu'une présidente en exercice approuve sur un réseau social les violences urbaines et la casse des Black Blocs. Il en va de la crédibilité et de la dignité de la fonction. De mon point de vue, c'est du jamais vu. On ne peut pas se moquer ainsi d'un Parlement et de gens qui nous ont élus pour toute autre chose que cette approbation.»
«On se doit d'être totalement neutre, de ne pas prendre parti et d'oublier un petit peu d'où on vient»
Ana Roch, ancienne présidente MCG du Grand Conseil, préfère parler d’une erreur de jeunesse: «Je ne dirais pas que c’est une faute, mais en tout cas une erreur, c'est clair. Je pense qu'elle n'a pas encore pris conscience de ce que représente ce poste d'une manière institutionnelle. On se doit d'être totalement neutre, de ne pas prendre parti et d'oublier un petit peu d'où on vient.»
«La personne a droit à son expression individuelle»
À gauche, deux visions. La fracture au sujet de ce «like» est identique à celle qui concerne l’action de la conseillère d’État socialiste, Carole-Anne Kast. Cette dernière est attaquée par l’aile de la gauche radicale de son parti, sans compter les Jeunes socialistes qui appellent à sa démission. Rien d'étonnant à ce que ce courant défende le droit de Dilara Bayrak à «liker» un texte de cette teneur, comme Diego Esteban, ancien président socialiste du Grand Conseil: «Un parlement de milice, ça implique une certaine latitude dans la manière qu'ont les gens d'agencer leurs fonctions politiques et le reste de leur vie. Il y a cet aspect-là où la personne a droit à son expression individuelle.»
«Quand on incarne l’institution, on doit faire attention à ce que l'on dit»
Un avis que ne partage pas du tout Alberto Velasco, ancien président socialiste du Grand Conseil: «On est libre, dans cette République, de poster ce qu'on veut. Par contre, quand on incarne l’institution, on doit faire attention à ce que l'on dit. Elle ne peut pas tenir ces propos au nom du Grand Conseil. Ça, elle ne peut pas le faire.»
Quant aux convictions de Dilara Bayrak sur la violence et la réponse que l’État lui apporte, on n’aura pas l’occasion de les connaître. La concernée n’a pas souhaité nous répondre, invoquant la retenue due à sa fonction.