La transformation de bureaux en logements n'est pas le remède contre la pénurie
Record alarmant. Jamais depuis 2012 le taux de logements vacants n’a été aussi bas à Genève: 0,34% au premier juin, contre 0,46% l’an dernier. Ce qui représente 858 logements libres dans le canton. À Meyrin, Lancy et Vernier, la situation est pire encore, avec un taux aux alentours de 0,17%. Si une loi censée améliorer les choses vient d'être annulée par la justice, elle n'aurait pas résolu le problème pour autant.
La gauche, le MCG et LJS avaient cru trouver un remède à la pénurie en faisant passer une loi au Grand Conseil, l’an dernier. Ce texte obligeait architectes et promoteurs à prévoir une transformation des bureaux en logements lors de leur construction. Mais la justice vient d’annuler cette loi, a révélé Le Temps. Elle a estimé que concevoir des espaces convertibles renchérirait beaucoup trop les coûts.
Pourtant, selon certaines projections, ce sont près de 4000 Genevois qui auraient pu se loger. Faux, selon la droite et la Chambre genevoise immobilière, qui avait fait recours: «Ces 4000 logements sont totalement hypothétiques, relève Diane Barbier-Müller, présidente de la Chambre genevoise immobilière et députée PLR au Grand Conseil. Il faut rappeler que toutes les surfaces commerciales ne peuvent pas être converties en logements, notamment pour des raisons, par exemple, de bruit. On ne peut pas non plus construire de logements dans des zones industrielles et artisanales où les bâtiments autour peuvent pratiquer des activités à risque. Ces surfaces, qui sont peut-être aujourd'hui vacantes et qui représentent les 300 000 m² dont on parle beaucoup, ne sont pas du tout convertibles en logement.»
Même à gauche, on ne croyait qu’à demi aux vertus de cette loi: «Elle faisait un pas dans la bonne direction, mais elle n'était de loin pas suffisante pour résoudre le problème, note Christian Dandrès, conseiller national socialiste et membre de l’Asloca. Parce qu'aujourd'hui, ce qui peut facilement être transformé comme locaux commerciaux en logements, ce sont des bureaux occupés par des fiduciaires, des dentistes, des médecins. Or ces locaux ne sont pas vides aujourd'hui, ils sont utilisés. Ce sont les grands open spaces qui doivent pouvoir être transformés, et là, techniquement, c'est beaucoup plus complexe, et c'est aussi ce que cette loi souhaitait modifier.»
«On observe à Genève un véritable mille-feuille de lois qui se superposent»
Une autre loi, adoptée en votation populaire en 2015, facilite déjà la transformation de locaux commerciaux en logements. Manifestement, elle n’a pas permis de faire baisser la pression et c’est ailleurs qu’il va falloir chercher. Mais gauche et droite ne sont pas d’accord sur les méthodes et les publics visés. «Pour résoudre la crise du logement, il faut d'abord construire, et ça ne peut se faire que dans des grands secteurs, estime Christian Dandrès. Et là, on doit avoir des consensus pour que ces déclassements puissent se faire en faveur du logement et du logement abordable.»
La droite, elle, estime que la part de logements sociaux est souvent trop importante dans les grands projets. Mais afin de construire davantage et quelles qu’en soient les cibles, elle préconise de détricoter le maillage juridique autour de l’immobilier genevois: «On observe à Genève un véritable mille-feuille de lois qui se superposent, avec des règlements d’application, des ordonnances, des pratiques administratives, dénonce Diane Barbier-Müller. Il serait idéal d’assainir ces lois, en partant sur trois volets: aménagement du territoire, construction et exploitation, avec la fameuse Loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitation (LDTR) qu’on ne toucherait pas. Cela permettrait une vision claire et cohérente du projet, de faciliter et d’accélérer les constructions.»
On en est loin. L’année dernière, 2500 nouveaux logements ont été construits dans le canton, contre 3500 par an depuis 2021. La démographie, elle, est plus rapide. Environ 5500 personnes par année. La tension sur l’immobilier n’est pas près de faiblir.