Lancy fâche la classe moyenne en augmentant le prix des crèches
Le Conseil administratif a relevé le prix plafond, fixé en fonction du revenu. Certains foyers subiront une hausse pouvant atteindre 80%. Une mesure qui fâche la droite et les parents concernés.
Très mauvaise surprise pour près de 200 familles de Lancy. En 2027, le prix des crèches pour la classe moyenne supérieure va prendre l’ascenseur. Il va même dépasser certaines crèches privées zurichoises, qui ne sont pas réputées pour être bon marché.
Le Conseil administratif a en effet décidé de revoir ses tarifs. Soit une hausse linéaire de 4% du prix de garde. Mais la fâcherie vient d’ailleurs: la commune a aussi relevé le plafond au-delà duquel le prix n’augmente plus pour les parents à hauts revenus. Il passe de 178'000 francs par an à 260'000 francs. Pour les foyers qui ont plusieurs enfants, le nouveau tarif de garde peut correspondre au prix d’un loyer annuel.
«On demande une certaine équité entre les familles»
Salima Moyard, la maire, se défend de punir les riches: «La situation actuelle fait que proportionnellement à leurs revenus, les familles aisées payent moins que des familles qui gagnent par exemple 150 000 francs ou même que 30 000 francs. Et ça, c'est injuste. Donc on demande une certaine équité entre les familles.»
Pour autant, la maire ne craint pas un départ des gens à hauts revenus. Pour elle, la commune reste attractive: «Ces familles savent ce qu'elles ont à Lancy en termes de prestations au public, les crèches, mais pas seulement. Nous sommes en train d'en construire trois, nous en ouvrons une dans quelques semaines. Nous avons augmenté de 50% les places en crèche depuis 2020. Et cela engendre des coûts extrêmement importants qui sont payés aux trois quarts par la collectivité publique.» D’ailleurs, 240 familles sont actuellement en attente d’une place en crèche.
«C'est vraiment un kidnapping»
Les parents concernés ne l’entendent pas de cette oreille. Une discussion entre l’élue et les familles est en cours. De son côté, la droite voir rouge. La fiscalité serait déjà lourde à Lancy, selon le conseiller municipal PLR Thierry Dérobert: «C'est vraiment un kidnapping. Si on a trois enfants en crèche aujourd'hui, on paierait environ 70 000 francs à Lancy, et à Genève on paierait environ 30 000 francs. Il y a un gap qui est énorme. Quand on sait que le parti socialiste suisse a fait une initiative demandant que le plafonnement soit limité à 10% et qu'on arrive à 15,4% à Lancy, comprenez qu'il y a une certaine aberration, avec une magistrate qui est elle-même socialiste.»
De fait, la Ville de Genève, également à majorité de gauche, est deux fois moins chère que Lancy avec ses tarifs revus. Une famille avec trois enfants et un revenu de 260'000 francs payerait à Genève 31'500 francs, contre 69'700 à Lancy. Pour certains foyers, la hausse pourrait atteindre 80%. Un état de fait dénoncé par le conseiller municipal PLR, qui entrevoit aussi des conséquences dommageables pour sa commune: «On peut imaginer que certains déménageront. Ou qu’ils opteront pour une école privée. Si la maman arrête de travailler, c'est aussi un problème. Enfin, le recours à une nounou, souvent au noir, n'est franchement pas une solution souhaitable non plus.»
L’histoire n’a pas encore trouvé son épilogue. Les familles ont lancé une pétition pour dénoncer ces tarifs. Elles se souviennent sans doute d’un précédent où elles avaient gagné: l’an passé, l’Exécutif avait diminué les rabais fratrie pour finir par rétropédaler sous la pression. Ce n’est donc pas la première fois que la commune tente de rehausser le prix de la garde des enfants. Avec un budget déficitaire de 4,6 millions cette année, Lancy sera sans doute moins ouverte à revenir sur cette décision.