Le Grand Conseil veut bannir la fumée des terrasses
Bannie des établissements depuis 2009, la fumée de cigarette pourrait bientôt disparaître des terrasses genevoises, au moins durant les heures de repas. Vendredi, le Grand Conseil a adopté une motion du Centre, soutenue par la gauche. Le ministre de la Santé, Pierre Maudet, a promis qu’un projet de loi serait rapidement présenté en commission.
Sous un ciel bleu et des températures encore clémentes, les terrasses sont toujours garnies à la Clémence. Ici, la possible interdiction de fumer ne passe pas inaperçue.
«Ça nous prive quand même de nos libertés. Après, il y a d'autres pays — comme les États-Unis ou l’Espagne — où on ne peut plus fumer en terrasse. Pourquoi ne pas interdire aussi l'alcool pendant qu’on y est ?» lance une fumeuse, mi-provocatrice, mi-résignée.
Alain Rubin, responsable du bistrot des Arts, se dit lui aussi sceptique:
«S'il y a un problème, on va encore nous mettre des amendes. Ce sera à nous de faire la police sur nos terrasses, une fois de plus.»
À l’inverse, certains clients saluent la mesure. «Ça m'embête un peu, parce que j’aime bien fumer après manger, mais c’est une bonne initiative, reconnaît Elsa, fumeuse. Je comprends que les gens n’aient pas forcément envie de sentir l’odeur du tabac pendant qu’ils mangent.»
Une mesure jugée «équilibrée» par ses partisans
La motion du Centre vise avant tout à protéger les enfants de la fumée passive. Elle s’appliquerait uniquement pendant les repas. Son auteur, le député Souheil Sayed, y voit une approche mesurée:
«Quand on demande : “Est-ce que ça vous dérange si je fume ?”, la réponse est oui, surtout quand on mange ou qu’il y a des enfants à côté. Cette motion modérée permettra au Conseil d’État d’apporter une solution adaptée à tous les établissements — par exemple, un espace fumeurs et un autre non-fumeurs.»
Le PLR, lui, dénonce une mesure « floue et bureaucratique ».
«C'est rajouter une couche à un millefeuille administratif déjà bien trop complexe. On aurait pu décider clairement : on interdit, point. Mais là, on crée des règles compliquées qui mettent en difficulté une branche déjà très fragilisée », estime Pierre Nicollier, président du PLR.
«Une atteinte à la liberté individuelle»
Du côté des restaurateurs, la décision passe mal.
« En 2009, on avait dit aux gens : vous ne fumez plus à l’intérieur, mais vous pourrez le faire dehors. Aujourd’hui, on s’attaque aux extérieurs », déplore Laurent Terlinchamp, président de la Société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève.
«C’est une décision dogmatique, une atteinte à la liberté individuelle.»
Le Conseil d’État devra désormais transformer cette motion en projet de loi, que Pierre Maudet souhaite soumettre rapidement à la commission de la santé.
Genève ne serait pas un cas isolé: l’interdiction de fumer en terrasse existe déjà dans plusieurs villes, comme Milan ou au Québec, et entrera en vigueur en Belgique dès 2027.