Le monde l'édition face au défi de l'intelligence artificielle
Le scandale majeur de la rentrée littéraire avec l'écrivain Thélyson Orélien, accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour son roman "C'était ça ou mourir" force les maisons d’édition à s'interroger sur la place de l'IA et sur la notion même d'auteur. Une révolution en marche qui inquiète jusqu’à Genève. L’éthique et la confiance sont pour l’instant les seuls pare-feu.
L’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans notre quotidien. Elle commence même à faire des incursions dans nos loisirs. L’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien a marqué la rentrée littéraire avec une polémique. Il est accusé d’avoir écrit son roman avec l’intelligence artificielle. Un phénomène appelé à se répéter.
Les maisons d’édition genevoises sont vigilantes. Certaines reçoivent entre deux et trois manuscrits chaque jour. Elles fonctionnent à la charte éthique et à la confiance. « On travaille sur la confiance, la transparence et la durée avec des auteurs que l'on suit depuis des années, dont on connait le travail et le style » explique Delphine Cajeux, éditrice aux éditions Slatkine.
Une proximité avec les auteurs en guise de pare-feu et une acuité professionnelle pour déceler un texte qui manque d’humanité, mais l’intelligence artificielle progresse et inquiète de plus en plus. « La question fondmentale, c'est celle de la propriété intellectuelle et du droit d'auteur. On signe un contrat d'édition avec lui, si ce n'est pas lui l'auteur du texte ça pose une vraie question éthique » complète Delphine Cajeux.
Dans cette autre maison d’édition, la proximité avec les auteurs et surtout le genre des écrits recherchés suffit pour l’instant à échapper à la machine. « Dans les textes que nous choisissons, c'est une façon de parler du monde, des émotions, le rapport à la famille, à la mort, à l'amour, d'une façon originale, singulière et l'IA par nature, elle reconditionne ce qui existe déjà, et ce n'est pas ce que l'on recherche » indique Yannick Stiassny, codirecteur aux éditions Zoé.
Le monde de l’édition littéraire est en ébullition, inquiète et vigilante face à une nouvelle révolution dont on ne connait pas les limites.
Le monde de la bande dessinée, en revanche, estime être encore épargnée par le phénomène comme l'explique Daniel Pellegrino, directeur des éditions Atrabile « la bande dessinée vit par une suite de séquences, il faut expliquer à son IA que tel personnage avec une barbe, on veut qu'il soit tourné et que la table dans la case 1 se retrouve dans la case 2 avec le même verre à droite, que cela soit pareil à la case 3 et pareil sur 25 pages, et pour l'instant ce que l'on a vu, c'est bourré d'erreurs et de défauts ».
Si l’’intelligence artificielle ne trompe pas encore tous les professionnels, elle peut en revanche séduire des lecteurs comme l’a démontré le livre controversé plébiscité par le public. « Peut-être qu'à moyen terme, comme pour la nourriture, les gens sauront en connaissance de cause dans quel cadre ils consomment l'IA et pourquoi ils ne souhaitent pas la consommer dans tel ou tel cas » complète Yannick Stiassny.
Transparence, éthique, des mots qui devront s’accorder avec une IA débridée, exponentielle et mercantile.