Le projet de budget 2026 plonge dans le rouge vif
Présenté jeudi par le Conseil d'Etat, le projet de budget 2026 de l'Etat de Genève s'inscrit en rouge vif, avec un déficit de 409,4 millions de francs. Parmi les mesures avancées pour limiter la hausse des charges: le gel de l'annuité pour les fonctionnaires.
"Ces résultats sont préoccupants", a indiqué devant la presse la cheffe du Département des finances, Nathalie Fontanet. Tout de sombre vêtu, le gouvernement affichait la mine des mauvais jours. L'absence du démissionnaire Antonio Hodgers, qui a fait savoir aux médias que cet exercice budgétaire dépassait ses "capacités de compromis", a fini de plomber l'ambiance.
Ce déficit "extrêmement important" s'explique par une croissance des charges totales (+349,2 millions) nettement plus rapide que celle des revenus (+195,6 millions), selon le Conseil d'Etat. Les charges de fonctionnement atteignent 11,24 milliards alors que les revenus s'élèvent à 10,83 milliards.
Selon le Conseil d'Etat, les charges contraintes et mécaniques connaissent la plus forte hausse (+379 millions). Elles sont dictées par la hausse démographique, le vieillissement de la population, les coûts de la santé et les indexations automatiques. La contribution du canton à la péréquation intercantonale fait aussi partie du lot (+128,9 millions).
Baisses d'impôts
Au niveau des revenus, c'est le retour à la normale après des années exceptionnelles en particulier dans les secteurs du négoce, de l'horlogerie et de la banque. Le canton doit aussi absorber les effets cumulés des baisses d'impôts acceptées en votation (-475 millions). Au final, les impôts des personnes physiques augmentent de 112 millions (+2,3%) alors que des impôts des personnes morales diminuent de 53 millions (-2,6%).
Compte tenu de cette situation financière tendue, le Conseil d'Etat a choisi d'allouer des moyens supplémentaires (+113,3 millions) aux domaines qu'il considère comme stratégiques. Les ressources iront à la formation, au social, à la police, aux TPG, à la transition numérique et à l'innovation. Au total 284,9 postes supplémentaires sont prévus.
Plan d'économie en vue
Pour le Conseil d'Etat, il faut absolument contenir la progression des charges. Il propose des ainsi des mesures d'économie à hauteur de 177,7 millions. Les communes sont priées de passer à la caisse en participant au coût de la péréquation cantonale (-108,6 millions) et l'annuité des fonctionnaires est suspendue (-60,2 millions).
"On propose, le Grand Conseil dispose", a rappelé le conseiller d'Etat Pierre Maudet. L'exécutif a aussi promis un nouveau plan d'économie au printemps prochain.
A ce stade, le déficit est couvert par la réserve conjoncturelle. La dette devrait atteindre 10,8 milliards (+800 millions), mais son coût baisse en raison des faibles taux d'intérêt. Les investissements restent à un niveau élevé (827 millions).
Partis préoccupés
Les débats seront chauds au Grand Conseil. Les partis ont déjà annoncé la couleur: aucun n'est satisfait. A droite, le PLR dénonce "une croissance des charges à nouveau massive" et attend des réformes structurelles. Le Centre relève que "Genève reste un canton riche, mais mal géré". Le parti veut des mesures transversales pour mettre fin à la gestion en silo.
Egalement préoccupé par le déficit annoncé, le mouvement LJS estime que la Conseil d'Etat ne procède pas à la réallocation indispensable des moyens. Le MCG fustige pour sa part "la générosité abusive de Genève à l'encontre de la France et de la Confédération".
Pour les socialistes, le "trou béant creusé par les récentes baisses d'impôts est utilisé pour justifier de nouvelles coupes dans les prestations". Selon le PS, le plan financier quadriennal 2026-2029 laisse entrevoir une casse sociale programmée.
La ministre des finances Nathalie Fontanet sera l'invitée du Journal de Léman Bleu ce jeudi soir à 18h30.