Le silence sur les résultats à Vernier alimente les spéculations
Il faudra patienter pour savoir si le scrutin est confirmé ou annulé pour la deuxième fois. Cette situation juridique inédite est déjà récupérée politiquement. Certains ne comprennent pas les cachoteries du Conseil d’État, d’autres invoquent les poursuites pénales, prioritaires sur le temps politique.
À Vernier, le brouillard promet d’être tenace. Qui aurait gagné les élections si elles n’avaient été suspendues? C’est ce que veut absolument savoir le MCG. Il met en demeure le gouvernement de publier ces résultats. Le parti a un double intérêt car il croit savoir qu’il aurait fait un bon score: «Le fait de ne pas avoir de transparence est très dangereux pour la démocratie, estime son président, François Baertschi. Il faut jouer le jeu de la transparence, quitte ensuite à prendre des mesures sur la votation. Le fait de rester dans l'ombre donne un très mauvais signal, à la fois auprès de la population et à la fois auprès des candidats qui se sont engagés.»
Une position qui n’est pas unanime au sein du mouvement. Pour Mauro Poggia, conseiller aux États et poids lourd du MCG, il faut donner priorité à la justice: «Ce n'est pas véritablement un droit supérieur. Mais il s'agit évidemment d'être proportionné, de ne pas entraver une enquête pénale qui serait en cours par la divulgation de résultats qui pourrait mettre la puce à l'oreille, je dirais, aux personnes qui sont précisément enquêtées par la police actuellement.» Après le scrutin quatre dénonciations pénales ont en effet été transmises au Ministère public par la Chancellerie. Et l’enquête pénale sur la première fraude présumée en mars est toujours ouverte.
«Si le Conseil d'État a un doute significatif sur la qualité de ce qu'il transmet, c'est normal qu'il ne le transmette pas»
Au PLR, on n’exige pas la transparence au vu des circonstances: «Si le Conseil d'État a un doute significatif sur la qualité de ce qu'il transmet, c'est normal qu'il ne le transmette pas, estime Pierre Nicollier, président. Moi, je suis plutôt reconnaissant que le Conseil d'État évite de donner des informations qui sont fausses. Il est important que le gouvernement n'amène pas plus de confusion dans un chaos qui est déjà bien dommage.»
Bien évidemment, aucune loi ne prévoyait le cas vergnolan ubuesque. L’avocat et professeur Stéphane Grodecki décrit une situation juridique confuse: «À teneur de la Loi sur l’exercice des droits politiques, le Conseil d’État peut refuser de valider cette élection mais non de publier les résultats. Toutefois, en cas de recours, il n’est pas du tout certain qu’un Tribunal constate une violation des droits politiques dans la mesure où il s’agit de résultats qui ne sont pas validés, voire pas valables, au vu de leur manque apparente de fiabilité.» L’homme de loi ajoute qu’en cas de recours contre le refus de validation, les résultats devraient être transmis au Tribunal.
Les autorités cantonales ne répondront plus à aucune question jusqu’à nouvel ordre. Ce silence ajoute encore à l’image d’une démocratie abîmée.