Les cantons de Suisse occidentale contre l'initiative de l'UDC
Les cantons de Suisse occidentale sont opposés à l'unanimité à l'initiative de l'UDC "Pas de Suisse à 10 millions" soumise le 14 juin prochain au peuple. Celle-ci ignore les disparités régionales, fragilise durablement l'économie et menace la voie bilatérale avec l'UE.
La Conférence des gouvernements de Suisse occidentale (CGSO) "s'oppose fermement" à l'initiative, a affirmé lundi à la presse à Meyrin (GE) la conseillère d'Etat genevoise Nathalie Fontanet. "Ce texte ne propose aucune solution aux problèmes de la population" et il "en générerait", dit-elle. "On ne supprime pas le problème, on le déplace", renchérit la présidente du gouvernement vaudois Christelle Luisier.
Selon la CGSO, qui regroupe Berne, Fribourg, Jura, Genève, Neuchâtel, Vaud et Valais, l'initiative viole "les souverainetés cantonales" et "la solidarité nationale". "C'est une attaque frontale contre le fédéralisme", a insisté Mme Fontanet. Des conflits permanents seraient observés pour l'attribution de contingents. Et certains cantons comme celui du Jura, où la population stagne, seraient affectés.
Côté économique, la pénurie de personnel serait importante dans la santé, l'éducation, la construction ou les transports publics. Sans immigration suffisante, la Suisse pourrait manquer d'environ 460'000 travailleurs jeunes à plein temps d'ici 2035, fait remarquer la CGSO.
Il manque déjà de la main-d'oeuvre dans un certain nombre de branches. "L'emploi n'est pas protégé par cette initiative", insiste le conseiller d'Etat fribourgeois Olivier Curty. Au contraire, celle-ci contribuerait à davantage de vieillissement de la population. Avec pour conséquence davantage de dépenses en termes de de santé et de prestations sociales pour les finances publiques, mais aussi moins de recettes fiscales.
Plus et pas moins d'asile
Autre argument, la voie bilatérale serait menacée. La dénonciation de la libre circulation des personnes avec l'UE en cas de déplacement du plafond de 10 millions fragiliserait la prospérité du pays. Elle pourrait aboutir aussi à davantage de travailleurs frontaliers et pas moins, étant donné que seuls les résidents sont concernés par le texte. Et la collaboration sur l'asile dans le cadre de Schengen et Dublin serait supprimée.
"La Suisse perdrait des moyens essentiels pour lutter contre la criminalité et gérer les flux migratoires", a fait remarquer Mme Luisier. Les contrôles aux frontières seraient accrus, alors que cinq des sept cantons de la CGSO sont frontaliers.
Et les demandes d'asile ne diminueraient pas mais augmenteraient, étant donné que les requérants déboutés dans un pays de l'espace Schengen/Dublin pourraient alors formuler une nouvelle demande en Suisse.
Tous les ministres ont relevé "l'incertitude" de la situation que provoquerait une acceptation de l'initiative. "Nous avons besoin de conditions solides et prévisibles", a abondé le directeur général d'OM Pharma, Roch Ogier, entreprise où avait lieu la conférence de presse. La CGSO redoute notamment des délocalisations totales ou partielles vers des pays de l'UE.
Certes, les cantons ne minimisent pas les défis sur la santé, le logement ou le transport. Mais ceux-ci ont "des causes structurelles" et l'initiative ne construit pas une seule habitation supplémentaire ni ne réduit les loyers, ajoute encore Mme Luisier.
Collaboration intercantonale
Elle attribue plutôt les efforts à mener sur la qualité des projets à bâtir, l'accessibilité et la réduction des obstacles bureaucratiques. En considérant les réserves actuelles, environ 100'000 personnes supplémentaires dans le canton de Vaud pourraient être logées, selon elles.
Les cantons occidentaux n'ont pas attendu l'initiative. Ils collaborent sur des politiques ciblées sur l'aménagement du territoire et sur les transports, comme le montre le Léman Express, a également expliqué Mme Fontanet. A Genève, des milliers de logements sont en cours de construction, a-t-elle aussi dit. Il faut absorber cette croissance qui est indispensable pour l'économie, selon elle.
Ces dernières semaines, pour contrer l'initiative, le Conseil fédéral a annoncé plusieurs mesures. Il souhaite un durcissement de la Lex Koller pour l'accès des étrangers à la propriété en Suisse et davantage d'intégration des étrangers déjà sur le territoire national, notamment ceux arrivés par le regroupement familial.
De leur côté, les cantons occidentaux ne sont pas arrivés avec de nouveaux projets en commun. Chacun réfléchit, selon Mme Fontanet. Et les communes ont aussi un rôle à jouer en facilitant l'accès au logement par des terrains à prix raisonnables, ajoute M. Curty.