Genève

Les finances publiques et la fiscalité dégradent l’attractivité de Genève

15.09.2026 17h07 Laure Lugon, Arnaud Urfer

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Genève se classe 7e sur 26 cantons, distancé par ses principaux concurrents. À la veille de la présentation du budget, ces chiffres ravivent le conflit gauche-droite autour du déficit et des dépenses de l'État.

Semaine à haut risque pour le Conseil d’État, qui présente jeudi son projet de budget et ses mesures d’économies. Et voilà une nouvelle pierre dans son jardin. L’étude commandée par la Fondation pour l’attractivité de Genève (FLAG) à l’institut CREA de l’université de Lausanne classe Genève au 7e rang des cantons les plus attractifs. Problème: ses principaux concurrents, Bâle-Ville, Zurich, Zoug et le canton de Vaud, sont devant.

Les principales faiblesses de Genève sont sa fiscalité, très lourde pour les hauts revenus, et ses finances publiques. Très dépensier et très endetté, le canton est le dernier du classement sur ces points. De plus, il n’est pas très efficace. «Si on regarde les données sur l'efficience du secteur public, sa capacité à transformer les dépenses en services publics, de formation, de sécurité, de culture, on voit qu'il y a une inefficacité, explique le professeur Mathieu Grobéty, directeur de l’Institut d’économie appliquée de l’Université de Lausanne (CREA). D'autres cantons font mieux que Genève. Le match Genève-Vaud est plutôt en faveur de Vaud, c'est ce qu'on observe dans les données. Il y a chez vos voisins plus d'investissement par unité de richesse créée.»

Nombre de fonctionnaires et dépenses de personnel les plus élevés du pays

Pourtant, la fonction publique genevoise est pléthorique par rapport aux autres. Genève possède 60 fonctionnaires pour 1000 habitants, contre 40 en moyenne pour les autres cantons. Les dépenses de personnel par habitant sont les plus élevées du pays.

Autre handicap: la qualité des infrastructures. Genève ne parvient pas à juguler la pénurie de logements. Il est aussi le plus lent dans l’attribution des permis de construire. Si les transports publics sont bien notés, les bouchons routiers font de Genève le plus mauvais élève de Suisse. Ce qui inquiète la directrice de la FLAG, Karine Curti: «Ce pilier des infrastructures est extrêmement important puisqu’elles bénéficient à l'ensemble de la population. Genève subit une crise du logement, il faut pouvoir y répondre. C’est aussi le canton dans lequel on se déplace le moins bien en comparaison intercantonale. Ce sont des éléments qui pèsent au quotidien sur la population, qui agacent aussi les gens. Il faut le prendre en considération et trouver des pistes d'amélioration.»

«Les salaires vont s'en ressentir sur le long terme»

Le principal atout de Genève, c’est l’attractivité de son marché du travail et ses salaires. Le canton est bon aussi en termes d’innovation et de croissance, grâce à des employés très qualifiés, à la sophistication de ses exportations et à son tissu de start-up. Mais pour les auteurs de l’étude, cela ne doit pas occulter des perspectives plus sombres: «La croissance de la productivité est vraiment un problème clé pour Genève, parce qu'elle baisse depuis un certain nombre d'années, indique Mathieu Grobéty. Et ça, c'est très inquiétant parce que cette productivité du travail, c'est la capacité des employés à générer de la richesse. Les salaires vont s'en ressentir sur le long terme. Et finalement, ça sera le pouvoir d'achat des Genevois qui va être touché.» Productivité et attractivité sont étroitement liées. Et sans cette dernière, le pouvoir d'achat baisse.

«Je n'entends pas que l'État n'est pas efficace, j'entends que nos conditions-cadres sont très, très bonnes»

Ces constats servent la droite parlementaire, qui réclame des économies structurelles depuis des années. À gauche, en revanche, on préfère voir le verre à moitié plein plutôt que de «peindre le diable sur la muraille». «Je n'entends pas que l'État n'est pas efficace, réagit le député socialiste et membre de la commission des finances, Thomas Wenger. J'entends que nos conditions-cadres sont très, très bonnes. Si on parle de l'université, des HUG, de la mobilité, etc., l'État est efficace. De plus, il attire des multinationales, soit plus 44% depuis 10 ans pour arriver à 2500. Les grandes fortunes aussi viennent à Genève malgré la fiscalité.»

Quoi qu’il en soit, cette étude pourrait nourrir les débats parlementaires autour du futur budget et des économies – suggérées par le fameux rapport Zuin - sur lesquelles les ministres se sont mis d’accord, après des mois de réflexions, analyses et calculs. Mais déjà, les plus malins ont pris les devants, symboliquement au moins: le département de la santé et des mobilités (DSM) de Pierre Maudet annonce aujourd’hui biffer le seul poste de communicant de son état-major.