Les ordinateurs genevois confrontés à la fin de windows 10
Entre machines obsolètes, coûts de migration et dépendance à Microsoft, les acteurs genevois s’adaptent à la fin des mises à jour du système d’exploitation le plus utilisé au monde.
Dans les bureaux de l’association genevoise de tchoukball, une vingtaine de postes doivent faire leur transition vers le nouveau système d’exploitation de Microsoft. Ici, la migration vers Windows 11 a été anticipée. « Il y a un certain nombre de machines qui sont assez récentes. Ces machines-là, ça ne va poser presque aucun souci, parce que Windows 10 et Windows 11 se ressemblent beaucoup. On va pouvoir passer d’un système à l’autre assez rapidement, de manière relativement simple »,
explique le responsable Daniel Buschbeck, président de l’association.
Mais tout n’est pas si simple : « On a encore quelques machines plus vieilles qu’on aurait dû changer depuis quelques années, et là, évidemment, ça va être l’occasion de le faire. »
Mise à jour pas si simple
L’association limite la casse : seulement un ou deux postes devront être remplacés. Pour d’autres structure - les PME, les associations, les indépendants- le passage à Windows 11 peut vite devenir un casse-tête. Ordinateurs trop anciens, puces techniques non compatibles, ou encore programmes professionnels non pris en charge par le nouveau système : autant de freins pour de petites structures qui n’ont ni les moyens ni les ressources informatiques des grandes entreprises.
Sans mise à jour, les experts sont formels : les failles de sécurité s’accumulent, et chaque ordinateur non protégé devient une cible potentielle pour les attaques informatiques.
Poue le journaliste spécialisé Grégoire Barbey, le constat est assez simple. « En général, ce sont des cyberattaques automatisées, qui ciblent de manière indiscriminée tous les systèmes non protégés. Les entreprises qui n’auront pas pris les mesures nécessaires pourront voir leurs données exposées ou leurs systèmes pris en otage. »
L’État de Genève, un chantier à grande échelle
Les grandes institutions, elles, ont en principe pris les devants.
Le plus gros parc informatique du canton, c’est celui de l’État de Genève, avec près de 30'000 ordinateurs. Depuis juillet 2024, près de 24'000 postes ont déjà été migrés vers Windows 11, et 4500 remplacés, trop anciens pour supporter le nouveau système. Mais 2200 postes restent encore sous Windows 10, notamment à cause de logiciels pédagogiques ou métiers non compatibles.
Pour eux, l’État se veut rassurant : ces ordinateurs continueront à recevoir les mises à jour de sécurité essentielles grâce à un programme spécifique et payant.
La facture totale s’élève à 700 000 francs, auxquels s’ajoutent 38'500 francs pour l’achat de licences de sécurité prolongée.
Une dépendance encore forte à Microsoft
Au-delà du coût, cette transition met en lumière la dépendance presque totale des institutions et des entreprises suisses à Microsoft pour la sécurité de leurs systèmes. « On peut faire des choix pour construire une plus grande autonomie vis-à-vis d’un seul fournisseur », estime Grégoire Barbey. « C’est possible, mais cela demande des moyens et surtout une prise de conscience politique, y compris dans le monde de l’entreprise. »
Avec la fin programmée de Windows 10, une fenêtre sur toute une époque se ferme. La reflexion sur la dépendance numérique, elle ne fait que s'ouvrir. Pour la majorité des utilisateurs, le système de Microsoft reste aujourd'hui incontournable.