Genève

Malgré des mesures d’économies, Genève se noie dans le rouge vif

17.09.2026 11h00 Laure Lugon Zugravu

La conseillere d'Etat genevoise, Nathalie Fontanet, s'exprime, sur la presentation du projet de budget 2027, la planification financiere quadriennale (PFQ) 2027-2030 et la mise en œuvre du rapport EcoGe de l'Etat de Geneve, lors d'une conference de presse du Conseil d'Etat genevois in corpore, ce jeudi 17 septembre 2026 a Geneve. (KEYSTONE/Martial Trezzini) La conseillere d'Etat genevoise, Nathalie Fontanet, s'exprime, sur la presentation du projet de budget 2027, la planification financiere quadriennale (PFQ) 2027-2030 et la mise en œuvre du rapport EcoGe de l'Etat de Geneve, lors d'une conference de presse du Conseil d'Etat genevois in corpore, ce jeudi 17 septembre 2026 a Geneve. (KEYSTONE/Martial Trezzini)

Le gouvernement présente un déficit de 546 millions de francs pour le budget 2027, malgré 248 millions de mesures d’économies et des nouvelles recettes prévues. Le canton ne prévoit aucun retour à l’équilibre d’ici 2030.

Le Conseil d’État avait annoncé devoir serrer la vis, devant des déficits à répétition et des charges en hausse constante. Pourtant, il a présenté ce matin un projet de budget dans le rouge vif, comme de coutume: 546 millions de déficit prévu, contre 682,6 millions avec les douzièmes provisoires 2026. Et ce, alors qu’il dispose d’une bonne nouvelle, des recettes fiscales en hausse de 347 millions, et qu’il a adopté avec ou sans modifications 37 mesures d’économies suggérées dans le rapport ECOGE. Sans ces deux éléments, le déficit aurait été encore bien supérieur.

Les charges progressent encore de 415 millions, soit 3,7%, pour un total de 11,65 milliards. Elles sont tirées par les prestations sociales, la santé, la formation et la péréquation intercantonale. Le principal moteur de cette hausse sont les charges mécaniques et contraintes, qui augmentent de 486 millions. Il faut attribuer les premières à la facture de la péréquation financière intercantonale. Les secondes, elles, sont issues essentiellement du département de la cohésion sociale. Les subsides d’assurance-maladie augmentent de 78 millions, l’aide sociale de 36 millions, les prestations complémentaires AVS de 21,2 millions, l’aide aux migrants de 20,8 millions et les prestations complémentaires AI de 15,4 millions. Le canton ajoute également 22,1 millions pour les établissements accueillant des personnes handicapées, avec 65 nouvelles places annoncées.

Effectifs en hausse

Pour autant, l’État continue à engager. Les effectifs augmentent de 364 postes équivalents plein temps (ETP), dont une partie correspond à des décisions déjà prises en 2026 et à des emplois financés par la Confédération. Si le DIP n’est pas aussi gourmand que d’habitude, c’est qu’il peut compenser les nouveaux postes créés pour la rentrée par une soixantaine de postes retranchés dans le cadre du plan d’économies et du transfert au privé subventionnés de deux foyers. Reste que l’État procure en tout 19’649 ETP.

Et les fameuses économies promises, sans lesquelles le déficit aurait atteint 626 millions, soit 5,6%, où se nichent-elles ? En tout cas pas dans une diminution claire des prestations, mais plutôt dans un transfert de charges aux communes, pour 134 millions. Sauf que cette mesure doit être adoptée par le Grand Conseil, et que ce n’est pas encore fait.

Quelques prestations amoindries dans le social

Le canton veut aussi plafonner la déduction fiscale des primes-maladie à la prime moyenne cantonale, ce qui lui procurera des recettes supplémentaires de 32,5 millions. L’Hospice général va baisser les «prestations circonstancielles» et les prestations complémentaires verront aussi des modifications pour s’aligner sur la moyenne romande. L’État veut aussi cesser partiellement de remplacer les départs dans certains établissements publics autonomes. L’annuité des fonctionnaires, pomme de discorde, sera conservée en 2027, puis versée une année sur deux. Mais le doublement du salaire lors du départ à la retraite sera supprimé.

Les perspectives à l’horizon 2030 ne sont pas plus vertes que le projet de budget. Bien au contraire. Le gouvernement prévoit une augmentation régulière du déficit, année après année, malgré le fait que le gouvernement inscrive près de 248 millions de mesures correctrices en 2027 et 714 millions à l’horizon 2030. Pour autant, les dépenses continuent malgré tout de progresser de 415 millions en 2027 et aucun retour à l'équilibre n'est prévu à l'horizon 2030.

Cette détérioration intervient malgré une progression soutenue des revenus. Entre 2026 et 2030, ceux-ci augmenteront de 1,3 milliard de francs, soit 12,5%, anticipe le gouvernement, tandis que les charges progresseront de 1,4 milliard, soit 12,7%. «La croissance des charges est telle que même une croissance soutenue des recettes ne suffit plus à l’absorber, confirmant le caractère essentiellement structurel du déséquilibre», note le Conseil d’État. Autrement dit, les mesures d’économies ralentissent la dégradation sans la juguler.

Mis au parfum ce matin, les députés auront de quoi croiser le fer ces prochaines semaines.

(Développement suit)