Genève

Médecine et cancer: apprivoiser l’incertitude malgré les progrès

01.09.2026 19h58 Rédaction

Dietrich

Face au cancer, peut-on apprivoiser l'incertitude? C'est le thème d'une conférence publique tenue à Chêne-Bougeries ce jeudi en présence de la philosophe Julia de Funès et le Prof. Pierre-Yves Dietrich. Il plaide pour une parole plus transparente autour du doute.

Malgré les progrès spectaculaires de la médecine, l’incertitude reste au cœur de la maladie et de la relation entre patients et soignants. «En médecine, on n’est sûr de rien». Pour le Prof. Pierre-Yves Dietrich, spécialiste en oncologie médicale aux cliniques Hirslanden Grangettes, la maladie ne fait que rendre visible une réalité que chacun tente habituellement de mettre à distance.

«La maladie révèle cette incertitude un peu de plein fouet, en pleine figure», explique-t-il. Une réalité particulièrement difficile pour les patients et leurs proches, confrontés à des interrogations à chaque étape de la prise en charge.

Mais cette incertitude concerne aussi directement les médecins. «Notre médecine est faite de probabilités. Donc, désolé de le dire à l’antenne, mais on n’est sûr de rien», souligne le Prof. Pierre-Yves Dietrich. L’incertitude est ainsi «le troisième larron» dans la discussion entre le patient, sa famille et les professionnels de santé.

«On vit dans l’incertitude, mais on fait comme si de rien n’était.»

Le sujet sera au cœur d’une conférence publique jeudi à 18h à la salle communale de Chêne-Bougeries, organisée par les cliniques Hirslanden Grangettes. Le Prof. Pierre-Yves Dietrich y échangera notamment avec la philosophe Julia de Funès.

L’objectif est de faire dialoguer patients, proches et professionnels de santé. «Il y a le besoin de la part des patients. Il y a aussi le besoin des professionnels», estime l’oncologue.

La difficulté serait aussi sociétale. «On veut du tout sécurité, on ne veut rien laisser au hasard», relève-t-il. Une attente qui se heurte directement à la réalité de la médecine. Plus globalement, notre société accepte peu l’incertitude, estime le spécialiste.

Des progrès spectaculaires, mais pas de certitude absolue

En oncologie, les avancées des dernières décennies sont pourtant majeures. «Ce qui se passe aujourd’hui par rapport à il y a 20 ans, ce n’est plus le même monde. C’est fantastique, c’est formidable», se réjouit le Prof. Pierre-Yves Dietrich.

Mais ces progrès peuvent aussi nourrir des attentes excessives. «Le patient, la famille, la population sont un peu aveuglés par les progrès et les professionnels en deviennent un peu prisonniers», analyse-t-il.

Selon lui, cette évolution peut même alimenter «l’illusion de l’immortalité». «Les progrès aujourd’hui, un peu fulgurants en oncologie, allument cette illusion», poursuit-il. Pour autant, «ça n’enlèvera jamais l’incertitude, en tout cas une part d’incertitude».

Dire «je ne sais pas»

Le Prof. Pierre-Yves Dietrich estime que les soignants doivent aussi apprendre à reconnaître les limites de leurs connaissances. Dire «je ne sais pas» ou «je ne suis pas sûr» reste difficile dans une société où la médecine est souvent perçue comme toujours plus précise. «La médecine, en général, n’en parle pas assez, ce qui peut fausser un peu la relation», estime-t-il.

Pour lui, mettre des mots sur l’incertitude pourrait justement permettre de mieux la vivre. «Peut-être que de pouvoir exprimer et parler de l’incertitude peut faire transformer cette incertitude en espoir.»

L'inscription à la conférence se fait en ligne. Elle réunira également Julia de Funès et sera animée par Bertrand Kieffer, qui animera la table ronde et les échanges avec le public.