Genève

Mendicité à Genève: Marie Barbey-Chappuis dénonce une situation «hors de contrôle»

19.08.2026 19h16 Rédaction

mbc

Invitée du Journal de Léman Bleu, la magistrate en charge de la sécurité en Ville fustige l’inaction du Canton face à des «réseaux de mendicité», phénomène en augmentation. Depuis juin, la voirie a débarrassé 13 tonnes de matelas et détritus qui réapparaissent le soir. Marie Barbey-Chappuis juge la réglementation actuelle «inopérante» et appelle Carole-Anne Kast à élaborer une nouvelle loi.

La tension monte entre la Ville et le Canton autour de la gestion de la mendicité. «Aujourd’hui, on atteint les limites de nos capacités», affirme Marie Barbey-Chappuis. Depuis le 1er juin, la police municipale a procédé à 55 interventions sur des campements et à 22 évacuations. La voirie a retiré quelque 13 tonnes de matériel, principalement des matelas et des déchets.

Selon la conseillère administrative, la Ville assume sa part, mais ne peut pas continuer indéfiniment à mobiliser ses services pour des opérations dont les effets ne durent parfois que quelques heures. Car le matériel évacué réapparaît très rapidement. «On enlève les matelas le matin, de nouveaux matelas apparaissent le soir», constate la magistrate. Elle évoque un «réapprovisionnement très efficace». À ses yeux, cette capacité à remplacer rapidement le matériel laisse penser à l'existence de «filières» et de «réseaux» organisés.

«Le Canton s’est désengagé»

La magistrate centriste répond également directement à la conseillère d’État Carole-Anne Kast, qui estimait mardi soir sur Léman Bleu que la gestion de ces problèmes relevait désormais des communes. «Je considère que Madame Kast considère que le problème est réglé parce qu’elle s’en est débarrassée», lance Marie Barbey-Chappuis. Pour elle, «le Canton s’est désengagé» tout en ayant «compliqué la vie des communes» avec sa nouvelle directive.

La magistrate juge cette dernière «totalement inopérante». Elle oblige notamment les communes à installer des panneaux sur les campements 10 jours avant une intervention: «Les individus qui sont sur ces campements sont prévenus qu’il va y avoir une opération. Ils déplacent leurs affaires le temps que l’opération se passe ou alors ils utilisent ce délai pour aller se réapprovisionner en matelas».

Marie Barbey-Chappuis assure avoir interpellé le Canton à plusieurs reprises avant l’été, sans avoir encore obtenu de réponse. Elle demande aujourd'hui de remettre l’ouvrage sur le métier concernant la législation sur la mendicité et d'agir contre les réseaux qu'elle soupçonne d'être derrière une partie des campements. «Nous, on peut continuer indéfiniment à enlever des matelas tous les matins, mais on n’aura aucune solution efficace et durable sur le terrain», prévient-elle.

«Je ne vais pas créer un service brigade anti-matelas»

La magistrate centriste appelle le Canton à agir sur les causes plutôt que de laisser la Ville multiplier les évacuations: «Je ne vais pas créer un service brigade anti-matelas avec des fonctionnaires pour enlever des matelas qui réapparaissent. C’est totalement inefficace, onéreux aussi pour le contribuable.»

La conseillère administrative évoque des conséquences en matière de salubrité, de nuisances, de sentiment de sécurité mais aussi d’image pour Genève. Les doléances des habitants seraient désormais «quotidiennes». «Il faut maintenant que le Canton s’investisse aussi parce que ça dépasse largement les compétences communales», détaille l’élue.