Micheline Calmy-Rey: «Pour l’UDC, Céline Amaudruz est trop genevoise, trop élégante»
Les attaques contre Céline Amaudruz ne faiblissent pas outre-Sarine. À l’intérieur de son parti, nombreux sont ceux qui ne veulent pas la voir gagner la course au Conseil fédéral. Un rejet qui cible autant sa personne que ce qu’elle représente, regrette l'ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey.
Céline Amaudruz, la femme à abattre. En Suisse alémanique, la candidate genevoise au Conseil fédéral subit les tirs croisés de son propre parti et de la presse. La puissante NZZ écrit: «On dirait que le mot d'ordre de l'UDC est: «Tous sauf Amaudruz». Blick interroge avec sarcasme: «Amaudruz est-elle davantage UDC ou féministe?» Son parcours comme ses activités professionnelles sont passées au crible. Il lui est reproché, pêle-mêle, de dévier de la ligne du parti, de défendre les femmes pour mieux discréditer les hommes, d’avoir de jeunes enfants, d’être superficielle et mauvaise manager, d’être issue d’une élite fortunée, d’avoir des conflits d’intérêt.
Un rejet qu’on peine à comprendre à Genève. «C’est assez regrettable que Céline Amaudruz soit la cible de tant de critiques, parce que même si je ne suis pas une super fan, je pense qu’elle ne les mérite pas, avance la conseillère nationale socialiste Laurence Fehlmann Rielle. Elle est quand même vice-présidente de l'UDC. J’ai de la peine à m'expliquer cet acharnement, sauf à penser qu'effectivement, elle ne cadre pas totalement avec tous les objectifs de l'UDC et qu’elle est une femme romande. Mais c'est difficile à expliquer.»
«C'est assez étrange qu'on ne profite pas d'avoir un représentant UDC qui nous ressemble plus»
Fait inédit: Céline Amaudruz ne bénéficie pas non plus d’un fort soutien à Genève. D’ordinaire, les élus cantonaux, tous partis confondus, se mobilisent autour d’une candidature. Dans le cas d’espèce, le soutien est très timide, sans parler des Verts qui rejettent toute candidature UDC, alors que ce siège peut difficilement échapper au premier parti de Suisse, sauf à revoir de fond en comble le système. «La Suisse romande est historiquement un peu plus à gauche que le reste du pays, explique Cyril Aellen, conseiller national PLR. Et malgré cela, on est réticent à voir quelqu'un qui apporte la liberté romande au sein de l'UDC. Mais clairement, je ne comprends pas qu'elle n'ait pas plus de soutien officiel aujourd'hui, en tout cas public, parce qu'elle représente vraiment une UDC romande, urbaine en plus, pour Genève et pour l'arc lémanique. Et pour moi, c'est assez étrange qu'on ne profite pas d'avoir un représentant UDC qui nous ressemble plus.»
«Madame, si vous voulez être élue, enlevez ces mèches». Ça ne faisait vraiment pas la mère de la patrie, la grand-mère»
L’ancienne conseillère fédérale socialiste Micheline Calmy-Rey soutient aussi l’élue UDC. En 2002, alors qu’elle est conseillère d’État, elle succède à Ruth Dreifuss au Conseil fédéral. Non sans avoir aussi subi des attaques. Au sein de son propre parti, la bataille sera rude, la Genevoise figurant sur le ticket avec la Fribourgeoise Ruth Lüthi. Mais elle est aussi critiquée sur son physique, et surnommée méchamment «Cruela». «Mes cheveux faisaient parler, parce que j'avais des mèches. Ça avait fait un peu polémique. Une dame m'avait écrit «Madame, si vous voulez être élue, enlevez ces mèches». Ça ne faisait vraiment pas la mère de la patrie, la grand-mère.»
Pour l’ancienne conseillère fédérale, la campagne anti-Amaudruz va bien plus loin: «Céline Amaudruz est trop genevoise, elle est trop femme, elle est trop élégante, elle est trop blonde, elle a des jeunes enfants. Ça me fait craindre l'effet Christiane Brunner. Christiane Brunner n'a pas été élue, non pas parce qu'elle n'était pas compétente, car elle était très compétente, mais sur son apparence. Elle n'avait pas l'air d'une conseillère fédérale. Et je pense que Mme Amaudruz subit un peu le même préjugé.»
«Genève, vu du côté suisse alémanique, n’est pas considéré comme vraiment suisse»
Pour Micheline Calmy-Rey, la place de Genève au Conseil fédéral est une évidence, puisque le canton est le premier contributeur devant Zurich et Zoug et qu’il est un haut lieu de la diplomatie internationale. Mais vu de Suisse alémanique, la perception est toute différente: «Elle est attaquée parce que Genève, vu du côté suisse alémanique, n’est pas considéré comme vraiment suisse, fait remarquer l’ex-conseillère fédérale. Et puis l'UDC est en partie d'origine paysanne, sa base est paysanne. Donc c'est vrai que c'est très loin de la Genève financière, du trading, de la Genève internationale.»
Si Céline Amaudruz parvient à figurer sur le ticket, elle a ses chances. Avec deux autres candidats latins sortis du bois pour un total de huit personnes, l’UDC pourrait choisir un ticket à trois. Réponse le 20 novembre.