Genève

Musée d’histoire naturelle: la vrillette du pain repousse la réouverture à 2028

09.06.2026 19h12 ATS/ Delphine Palma

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 Alors qu'il subit une lourde rénovation, le Muséum d'histoire naturelle de Genève doit en plus combattre, depuis septembre, la vrillette de pain, un insecte minuscule qui dévore ses collections. Mardi, l'institution a présenté aux médias sa stratégie pour éradiquer le ravageur.

"C'est une opération hors du commun qui est menée dans l'urgence", a souligné Arnaud Maeder, le directeur du Muséum de Genève. Les enjeux sont considérables. L'institution genevoise possède en effet des spécimens "totalement irremplaçables" qui servent de référence mondiale au monde scientifique.

"La priorité est la sauvegarde des collections", a relevé Nelly Cauliez, la conseillère en conservation du patrimoine au Département de la culture et de la transition numérique de la Ville de Genève. La vrillette du pain a été découverte en grand nombre, l'automne dernier, au rez-de-chaussée du Muséum.

Un vrai fléau

L'insecte est la hantise des musées d'histoire naturelle. Il se nourrit en effet de protéines telles que le collagène et la kératine. Il s'attaque donc aux poils, aux plumes et aussi au bois. L'insecte ne mesure pas plus de 3 millimètres à l'âge adulte. Dans un lieu accueillant, sa capacité de ponte est très importante.

Il s'agit d'un insecte cryptique, a précisé Mme Cauliez. Ses larves se dissimulent à l'intérieur des matériaux et une fois adultes, les individus se cachent dans les recoins. "C'est un ennemi difficile à combattre et extrêmement ravageur à l'état de larve", a ajouté la spécialiste.

Produit interdit

L'infection, selon Mme Cauliez, a probablement plusieurs causes. La principale a vraisemblablement été l'interdiction de l'utilisation du bromure de méthyle, en Suisse, dès 2017. Ce puissant gaz a permis pendant longtemps d'éliminer les parasites. Mais sa nocivité pour l'environnement l'a mis au ban des produits autorisés.

Le fait aussi que le Muséum de Genève soit en travaux depuis 2024 pourrait également expliquer la prolifération de la vrillette du pain. "Il y a beaucoup de mouvement, ce qui augmente les risques d'infestation", a noté Mme Cauliez. Le dérèglement climatique profite aussi à ces insectes qui aiment les températures modérées.

Le musée a pris des mesures urgentes dès la découverte de la vrillette du pain dans ses murs, en septembre dernier. Les pièces les plus touchées ont été congelées afin de se débarrasser du ravageur. Il a ensuite fallu discuter de la stratégie la plus adéquate pour éliminer l'insecte indésirable.

La fumigation au bromure de méthyle a été rapidement abandonnée, la Confédération ayant refusé toute levée exceptionnelle d'interdiction de la substance. Les spécialistes ont également écarté l'idée d'une lutte biologique contre la vrillette du pain. Le fait d'introduire un prédateur à l'insecte aurait causé d'autres problèmes.

Privation d'oxygène

Les experts ont finalement opté pour les bulles d'anoxie, qui tuent les insectes en les privant d'oxygène. Il s'agit de placer les spécimens dans des endroits sous vide. Cette solution n'est pas la plus économique, mais en échelonnant les travaux, elle permettra de rouvrir une grande partie du musée au public d'ici à 2028.

Une demande de crédit devra être débattue en urgence lors de la prochaine session du Conseil municipal de la Ville de Genève, à la fin du mois. Si elle est acceptée, l'assainissement en profondeur des galeries du musée pourra commencer à la rentrée, a indiqué la conseillère administrative de la Ville de Genève, Joëlle Bertossa.