Pierre Maudet sur les primes maladie: «Il faut une révolution»
La hausse sera moins forte qu’ailleurs, mais le constat demeure: Genève reste le canton le plus onéreux en matière d’assurance maladie.
La conseillère fédérale Élisabeth Baume-Schneider a annoncé ce mardi une augmentation moyenne de 3% des primes en 2026 pour Genève. Ce chiffre est inférieur à la hausse nationale de 4,4%. Mais il cache une réalité: avec 586 francs de prime mensuelle moyenne, Genève conserve le record des primes les plus chères du pays.
Pierre Maudet, conseiller d’État en charge de la Santé, ne cache pas son indignation. «C’est 100 francs de plus que la moyenne nationale, relève-t-il. On ne peut pas se satisfaire de ce résultat, même si la hausse est un peu freinée.» Selon lui, la répétition du même scénario année après année illustre l’absence de véritables réformes structurelles. Le magistrat insiste sur l’impact concret pour les familles. Les primes des enfants connaissent une progression particulièrement marquée. «Le seuil de douleur est déjà atteint», estime-t-il.
Le financement à l’acte, problématique?
Face à cette impasse, Pierre Maudet appelle à une «révolution» du système. Selon lui, la concurrence entre assureurs a échoué à contenir les coûts. Il plaide pour une caisse publique cantonale comme levier de transparence et de maîtrise, tout en reconnaissant que ce n’est pas une solution miracle. «Il faut changer de partition», insiste-t-il.
Le ministre rappelle que les dépenses de santé ont presque triplé en trente ans, passant de 37 à 100 milliards par an. Une explosion liée au financement à l’acte, qui encourage la multiplication des soins, et à des progrès médicaux coûteux. «On investit trop peu dans la prévention», regrette-t-il, citant notamment les maladies chroniques ou le suivi des patients atteints de cancer.
Face aux propositions, des blocages
Autre source d’inquiétude: le poids croissant des subsides. Pour 2026, Genève a budgété plus de 750 millions afin de soutenir les assurés les plus fragiles. «Ce système arrive au bout financièrement», alerte Pierre Maudet. «On ne pourra pas éternellement compenser par l’impôt des primes qui explosent.»
Le conseiller d’État souligne également la cacophonie institutionnelle qui freine les réformes. Entre Confédération, cantons, assureurs et médecins, chacun se renvoie la responsabilité. Il veut cependant croire à un sursaut. Pierre Maudet appelle à renforcer la coordination entre acteurs, à réduire les redondances dans les soins et à résister aux pressions des lobbies, notamment pharmaceutiques. «Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est un pilotage clair et une volonté politique forte», conclut-il.