Projet de gare souterraine: Genève paie le prix fort
L’extension souterraine de la gare Cornavin coûtera cher, mais sa nécessité fait largement consensus. Le Conseil municipal de la Ville de Genève a accepté hier soir une rallonge de près de 80 millions de francs. Au total, l’enveloppe municipale actualisée approche désormais les 200 millions. Seul le MCG s’est opposé au crédit.
Le Conseil municipal a largement accepté cette nouvelle enveloppe destinée à l’extension souterraine de Cornavin. Sur le fond, le projet rassemble. C’est surtout la participation financière demandée à la Ville qui fait crispe.
Le projet dépasse les 2 milliards de francs, contre 1,6 milliard en 2015. La participation de la Ville aux coûts de réalisation atteint 7%.
Une participation qui agace notamment Guilhem Kockott. Le président des socialistes en Ville de Genève juge Genève nettement plus sollicitée que d’autres villes suisses. «À Zurich, la ville n’a pas payé pour sa gare souterraine. À Lausanne, la participation est d’environ 1%. Et quand Genève demande une gare souterraine pour éviter de sacrifier le quartier des Grottes, on lui demande 7%. À ce niveau-là, Genève devient une vache à lait.»
Les Grottes au cœur de l’histoire du projet
Cette participation genevoise trouve son origine dans le choix d’une extension souterraine. Le projet prévoyait initialement un agrandissement en surface, qui aurait lourdement touché le quartier des Grottes. Après une expertise lancée en 2013, la Confédération, le canton, la Ville et les CFF se sont accordés en 2015 sur une variante souterraine, plus coûteuse.
Le projet actuel prévoit un quai souterrain de 420 mètres et deux voies supplémentaires. Cette nouvelle infrastructure doit permettre quatre trains supplémentaires par heure et par sens et contribuer au développement du Léman Express et des grandes lignes.
Mais pour Rémy Pagani, ancien conseiller administratif chargé de l’aménagement, le projet a trop évolué depuis l’accord initial. «C'est parce que le canton a refusé de tenir ses engagements que nous en sommes là. Il aurait dû refuser que les articles du contrat soient modifiés en cours de route pour faire pression.»
Le projet a effectivement évolué. Il est passé de 1,67 milliard en 2015 à 2,084 milliards aujourd’hui. Le projet initial a notamment été renforcé avec une deuxième voie dans le tunnel en direction de l’aéroport et deux passages inférieurs supplémentaires à Cornavin.
«Sans cette gare souterraine, c'est impossible»
Pour les CFF, cette extension est indispensable pour augmenter l’offre ferroviaire. Interrogé par Léman Bleu en 2024, leur directeur général Vincent Ducrot insistait sur l’enjeu: «C'est un projet aussi essentiel pour aller vers cette vision d'un train toutes les 15 minutes entre Lausanne et Genève et sans cette gare souterraine, c'est impossible d'accueillir tout le monde ici à Cornavin.»
La transformation ne s’arrêtera pas aux voies ferrées. Les espaces publics autour de Cornavin doivent eux aussi être profondément réaménagés, notamment du côté de Montbrillant, avec une place accrue accordée aux piétons et une réorganisation des interfaces avec les transports publics.
Le calendrier reste toutefois conditionné aux procédures d’autorisation. La mise à l’enquête est annoncée pour 2027 et les travaux pourraient commencer au plus tôt en 2030. Ils doivent durer environ neuf ans, pour une mise en service visée à l’horizon 2038.