Récoltes décimées: les agriculteurs genevois demandent au canton d’agir
Carottes qui ne lèvent pas, betteraves ravagés par le charançon, rendements en forte baisse: après un été de sécheresse et de chaleurs extrêmes, les agriculteurs genevois comptent leurs pertes. AgriGenève demande au canton de reconnaître une «situation d’urgence» et de débloquer des moyens supplémentaires.
Dans ce champ de carottes, près de deux plants sur trois n’ont rien donné. «On devrait avoir tous les deux centimètres une carotte à peu près. Vous imaginez la différence», constate l'agriculteur Nicolas Seiler, dépité.
La pluie revenue ces derniers jours n’y changera plus rien. Après des semaines de sécheresse et de fortes chaleurs, une grande partie de la production de carottes destinée à l’automne est déjà perdue.
«Malheureusement, sur les deux semis sur le sol léger qu’on a faits cet été, on était en perte de 100%. Rien n' a levé», explique l’agriculteur. Face au risque de ne «pas récolter un seul kilo cet automne», il a dû modifier sa stratégie et se tourner vers des sols plus lourds et plus limoneux. Avec, là encore, des résultats décevants, à peine un tiers du rendement normal.
Cinq tonnes de betteraves au lieu de 25
Quelques centaines de mètres plus loin, même constat dans un champ de betteraves rouges. Sur cette parcelle, à peine cinq tonnes devraient être récoltées cette année, contre 25 habituellement. Et la production, bouffée par les larves du charançon, est trop abîmée pour être commercialisée: elle servira à nourrir le bétail. «Elle était tellement affaiblie par ces 38, 39 degrés pendant longtemps. Elle n’a pas pu se développer, elle n’a pas fait la masse foliaire. Et puis, elle était beaucoup plus fragile pour être attaquée par les ravageurs», détaille Nicolas Seiler, montrant les galeries creusées par des larves dans les betteraves. «C'est frustrant et triste» lâche-t-il.
«On est dans une situation d’urgence»
Pour AgriGenève, 2026 ne peut plus être considérée comme une simple mauvaise année agricole. Céréales, fourrages, maraîchage ou encore élevage: les difficultés touchent l’ensemble du secteur.
Les prêts à taux zéro annoncés par la Confédération mercredi 26 août peuvent apporter un soutien à certaines exploitations, mais la faîtière agricole estime qu’ils ne suffiront pas. Elle demande désormais au Conseil d’État genevois de prendre des mesures complémentaires.
«On demande une reconnaissance de cette situation, qui est quand même une situation exceptionnelle. Et au travers de cette reconnaissance-là, de libérer des fonds pour maintenir notre agriculture viable», explique la présidente d’AgriGenève. Concrètement, la faitière demande au Conseil d'Etat «d'évaluer formellement la situation au regard de l'article 113 de la Constitution genevoise et déterminer si son ampleur justifie une qualification de "situation extraordinaire". Et puis, nous demandons aussi une vision pour l’avenir», poursuit-elle.
Des produits locaux plus rares
Les effets de cette mauvaise saison pourraient également se répercuter dans les rayons. Certains produits locaux devraient être disponibles en plus faibles quantités, avec à la clé de possibles hausses de prix.
Pour les représentants du monde agricole, le soutien passe également par les distributeurs et les consommateurs: privilégier les produits locaux et accepter un prix permettant aux exploitations de couvrir leurs coûts et de poursuivre leur activité.