Résiliations massives à la Jonction: 116 logements et 15 commerces touchés
Une centaine de locataires et une quinzaine de commerces de cinq immeubles du boulevard Carl-Vogt ont reçu ces derniers jours une résiliation de bail pour permettre d’importants travaux de rénovation, a révélé le média en ligne Watson. Tandis que les habitants s’organisent pour résister, l’Asloca dénonce une opération de spéculation immobilière et une résiliation collective qu’elle juge sans précédent à Genève et contraire à la loi.
Les immeubles concernés se situent au cœur du quartier populaire de la Jonction, aux numéros 35 à 43 du boulevard Carl-Vogt. Au total, 116 logements et 15 commerces sont touchés. De nombreux locataires y vivent depuis plusieurs décennies, à des loyers encore abordables.
«On est révolté, catastrophé, déprimé»
Marilène occupe un cinq-pièces depuis plus de 30 ans, pour un loyer de 1800 francs par mois. Encore sous le choc, elle brandit la lettre de résiliation reçue la veille. «32 ans que j’habite ici, nos enfants ont grandi dans cet appartement. On connaît tout le monde. Partir, c’est très difficile», confie-t-elle en larmes. La fin du bail est annoncée pour le mois de juin.
Même sidération pour Anne-Marie, 70 ans, locataire d’un trois-pièces depuis 42 ans pour 500 francs hors charges. «On est révolté, catastrophé, déprimé. Déménager à 70 ans, pour payer trois fois plus cher un appartement plus petit, on ne sait où, c’est un bouleversement total», lâche-t-elle.
Le bras de fer juridique est lancé
La régie Naef affirme que les résiliations sont légales. Elles seraient justifiées par une rénovation complète et l’installation d’une chaufferie centralisée reliée au chauffage à distance. Aucun droit automatique au relogement n’est prévu, mais un accompagnement est proposé pour les situations sensibles.
L’Asloca appelle les locataires à contester
L’Asloca appelle de son côté les locataires à contester ces résiliations devant les tribunaux et demande au département cantonal de refuser les autorisations de travaux. «En autorisant ces chantiers, on déloge en masse des gens qui paient des loyers accessibles et on retire du marché un grand nombre d’appartements abordables. La LDTR permet de refuser ces autorisations, c’est ce que nous attendons des autorités», insiste Pierre Stastny, avocat à l’Asloca.
Contacté, le nouveau conseiller d’Etat en charge du département se dit conscient des difficultés. Il écrit: «Les rénovations énergétiques sont nécessaires dans l’intérêt général et le Tribunal fédéral a déjà tranché ce cas de figure. J’attends des acteurs de l’immobilier qu’ils se comportent de manière responsable en offrant des solutions crédibles de relogement. Mon département sera intransigeant sur le contrôle des loyers après travaux.»
Rentabiliser un investissement jugé spéculatif
Selon l’Asloca, les immeubles ont été achetés au début des années 2000 pour près de 9,5 millions de francs, avant d’être revendus en 2020 pour 128 millions. L’association accuse la caisse de pension des employés de Bâle-Ville, nouveau propriétaire, de chercher à rentabiliser un investissement jugé spéculatif. «Si on ne voit pas qu'il y a une envolée des prix et que le but de la manœuvre est évidemment de rentabiliser l'investissement hallucinant qu'ils ont fait, c'est qu'on est aveugle», lâche Pierre Stastny.
Au lendemain de l’annonce, la mobilisation s’organise déjà dans les allées des immeubles. Une assemblée des locataires est prévue vendredi prochain à la maison de quartier de la Jonction.