Genève

Rodolphe Töpffer, le conservateur qui inventa la bande dessinée

16.08.2025 11h00 Laure Lugon Zugravu, Martin Esposito

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Le dernier épisode de notre série historique sur les statues nous emmène aux pieds d’un personnage très contrasté et attachant. Très inspiré par son adversaire politique James Fazy, il fut un caricaturiste et satiriste hors pair. L'homme a aussi innové sur le plan pédagogique. 

Il a croqué sa bête noire politique James Fazy dans des caricatures mordantes. Sous son crayon, les «Histoires d’Albert», signée sous pseudonyme, ont dû rendre vert de rage le fondateur du parti radical. Mais Rodolphe Töpffer ne s’est pas adonné qu’à la satire politique, très en vogue au XIXe siècle. Son œuvre lui a permis d’être considéré comme l’inventeur de la BD.

Souffrant d’une affection oculaire, ce patricien genevois, né en 1799, doit renoncer à la peinture à laquelle il se destinait. Il deviendra professeur de grec, de latin et de littérature ancienne. D’abord enseignant dans l’école du pasteur Ayer, il décide bientôt d’ouvrir son propre pensionnat de garçons, grâce à la dote de sa femme, issue d’une grande famille. Et là encore, il va innover, sur le plan pédagogique: il effectue de nombreux voyages et randonnées avec ses élèves dans les Alpes, qui à l’époque n’étaient pas un terrain de jeu ordinaire, en Italie, en Suisse alémanique. Au retour, il couche sur papier ces «Voyages en Zigzag» pour ses élèves, les agrémentant d’illustrations au crayon. Töpffer baptise cela la «littérature en estampes». La BD est née.

Ses dessins validés par Goethe 

Son admirateur le plus fameux et le plus utile? Goethe, excusez du peu. Le romancier, dramaturge et poète allemand va encourager le Genevois à publier ces récits d’un genre nouveau. «C'est Goethe qui va convaincre Töpffer d'aller plus loin et de montrer ce qu'il fait. Il va bientôt avoir un succès retentissant à Genève, en Suisse, puis en Europe, finalement aux États-Unis, puisqu'il va être republié dans différents pays et dans différentes langues», raconte Christophe Vuilleumier, historien.

Pourtant, notre homme était un conservateur, contrairement à son père, libéral. Rodolphe Töpffer entre au parlement en 1834, et le quitte sept ans plus tard, lors de la victoire de ses adversaires. Pour autant, il ne lâche pas l’affaire et devient polémiste au Courrier de Genève, un titre ultraconservateur à l’époque et qui sera suspendu. Itinéraire d'un homme doué, porté par son époque.