Genève

Rue de Carouge: le système d’indemnisation contesté

15.09.2026 18h09 Denis PALMA

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Les travaux pèsent toujours plus lourd sur les commerces de la rue de Carouge, et les indemnisations peinent à suivre. Selon leur association, près de huit établissements sur dix n’ont pas déposé de demande, jugeant la procédure trop complexe et injuste. Une motion demande désormais à l’exécutif de la Ville de Genève de revoir le dispositif.

À la rue de Carouge, le chantier avance, mais les difficultés financières s’accumulent pour les commerçants. Leur association critique notamment le système d’indemnisation mis en place depuis décembre, basé sur la méthode de l’Office cantonal du génie civil (OCGC).

«78% des commerçants n'ont pas été capables d'envoyer leur dossier», affirme Olivier Lacoste, secrétaire de l’Association des commerçants de la rue de Carouge et de ses environs. Il dénonce des critères trop complexes et un périmètre qu’il juge arbitraire. «La plupart des dossiers du côté pair de la rue ont été refusés et ceux présentés côté impair ont été acceptés. Alors que le chantier est partout, des deux côtés.»

Une motion pour des avances

Ces critiques ont été portées mardi devant la commission des finances du Conseil municipal. Le MCG Daniel Sormanni les reprend dans une motion dont l’urgence doit être soumise au vote.

Le texte demande notamment de pouvoir verser rapidement des avances aux commerçants confrontés à des problèmes de liquidités et de revoir les modalités du système actuel.

«On a affaire à des petits commerçants qui n'ont pas leur chiffre d'affaires journalier ou mensuel sous la main», défend Daniel Sormanni. Pour le conseiller municipal MCG, il faut agir rapidement: «Si on ne prend pas des mesures radicales, telles que des avances, ils vont disparaître de la rue de Carouge.»

21 demandes acceptées, autant refusées

Pour répondre aux conséquences du chantier, une enveloppe de 3,3 millions de francs a été accordée en 2025. Depuis décembre, le dispositif a changé: les indemnisations ne sont plus calculées sur la base du loyer, mais sur la perte de chiffre d’affaires et la marge brute des commerces. Pour être éligible, la perte doit notamment être liée aux travaux et ceux-ci doivent entraver directement l’accès ou la visibilité de l’établissement.

Et pour la première fois, la Ville a détaillé hier en plénière du Conseil municipal l’état des demandes: 66 dossiers ont été déposés. 21 ont été acceptés, 21 refusés et 24 sont encore en cours de traitement.

Près d’un million de francs versé

La Ville défend ce dispositif étendu cet été qui a depuis été prolongé jusqu’à la fin du chantier. Selon Marjorie de Chastonay, près d’un million de francs de l’enveloppe disponible a déjà été utilisé.

La magistrate écologiste assume également les contrôles demandés aux commerçants. «Ce sont des démarches qui sont importantes. Pourquoi? Parce que c'est de l'argent public, c'est l'argent des contribuables. On ne peut pas le donner comme ça à l'aveugle.»

Elle rappelle aussi qu’un même commerce peut déposer plusieurs demandes en fonction de l’évolution du chantier et des nuisances qu’il subit.

Un test avant Cornavin et Rive

L’enjeu dépasse désormais la rue de Carouge. La méthode d’indemnisation de l’OCGC, habituellement utilisée par le canton pour ses grands chantiers, est expérimentée par la Ville. Le protocole conclu avec le canton, les SIG et les TPG prévoyait justement d’en tirer un bilan afin d’harmoniser à terme les pratiques des différents maîtres d’ouvrage publics.

Si l’expérience est jugée concluante, elle pourrait servir de modèle pour d’autres grands chantiers en Ville de Genève. Marjorie de Chastonay a notamment évoqué son utilisation pour les futurs travaux à Rive. La question se posera également avec les importants chantiers à venir autour de la gare Cornavin.