Séverine Chavrier: «Je suis attaquée sur des choses qui sont fausses»
Mise en cause pour son mépris de la scène genevoise et son utilisation de la Comédie pour mettre en avant ses propres productions, la directrice de l’institution répond sur le plateau de Léman Bleu. Elle nie les accusations à son encontre, dont l'acronyme «PPSDM».
«Depuis le début de cette affaire, je dis qu’il y a beaucoup de diffamation et je suis transparente sur le travail que je mène avec mes équipes à la direction de cette belle maison», réagit Séverine Chavrier. Quelques minutes avant le début de l’interview, Joëlle Bertossa en charge de la culture annonçait saisir la Cour des comptes pour auditer la Comédie. Sa directrice se dit, elle, sereine.
Sévérine Chavrier est, depuis une semaine, dans le viseur des milieux culturels et politiques. Des enquêtes de la Tribune de Genève et de la RTS pointent des comportements toxiques, de la discrimination ou encore des recrutements arbitraires. Mais ce qui cristallise, c’est l’utilisation de l’acronyme «PPSDM» - pour petites productions suisses de merde. Un terme qu’elle conteste fermement. «Pensez-vous vraiment que je serais capable d’un tel mépris pour mes collègues artistes et, surtout capable d’une telle irresponsabilité? C'est-à-dire de prendre la direction d'une des plus grandes maisons de théâtre romand pour avoir du mépris pour la scène locale, moi qui suis une femme artiste, qui me suis battue 30 ans pour être sur les plateaux, qui sais ce que c'est que la vie de compagnie […], c'est impossible», se défend-elle. La directrice, en poste depuis juillet 2023, rappelle l’existence d’un témoignage de son comité de direction qui appuie sa version des faits.
«Je ne travaille pas avec mes amis, mais avec des gens de compétence»
La directrice affirme, au contraire, essayer de valoriser la scène genevoise et «créer avec les autres théâtres une ergonomie qui favorise la création romande». Elle ajoute ne pas opposer scènes locale et internationale: «Le travail de programmation, une de mes missions, n’est pas un travail de discrimination. J’accueille les théâtres suisses et internationaux avec autant de passion, de générosité et d’acuité. Mais une programmation, c’est faire des choix. C’est une compétence pour laquelle j’ai été choisie.»
D’autres reproches, allant de l’hébergement d’artistes à Annemasse, au recrutement de proches en passant par le refus de recevoir des comédiens genevois, suggèrent un mépris pour la scène genevoise. «C’est faux, s’offusque-t-elle. […] Je ne travaille pas avec mes amis, mais avec des gens de compétence et je travaille en équipe.» Séverine Chavrier assure également recevoir les artistes genevois et loger systématiquement les troupes à Genève: «Il y a eu une fois où l’on n’a pas trouvé de places, je dirais que cela concernait dix nuitées sur les 3'500 que l’on a la saison.»
«Je n’ai pas de vie domestique. C’est ça ma vie, c’est ça ma passion»
Lundi soir, le conseiller municipal Yves Herren soulignait sur le plateau de Léman Bleu la présence de seulement quatre artistes domiciliés dans le canton, sur 138 cette saison. Un chiffre faux selon elle, arguant 13 artistes locaux pour cette saison. Elle rappelle également avoir offert à deux équipes du cru plusieurs semaines de plateau dans le cadre de leur création. «80% de l’argent mis en coproductions va à des artistes romands. Il y a là des informations qui visent à me nuire.» Elle explique, enfin, avoir reçu récemment le TIGRE et avoir donné des chiffres à la faîtière des producteurs indépendants.
Interpellée sur les moyens alloués à son spectacle «Absalon! Absalon!» -pour rappel, elle aurait mobilisé 1,2 million, soit 10% de la subvention de la Ville de Genève -, la directrice dénonce, là encore, un chiffre biaisé. Elle explique avoir lancé ce projet avant d’arriver à la tête de la Comédie et insiste sur le statut de coproduction de ce spectacle: «Ce qui a coûté à la Comédie, c’est moitié moins, répond-elle. Je suis attaquée sur des choses qui sont fausses.»
D’une manière plus large, elle refuse l’idée qu’elle serait venue pour «capter» les moyens de l’institution. «Quel fantasme. J’habite à 100 mètres de la Comédie, je ne sais pas faire autrement qu’habiter les théâtres. Je n’ai pas de vie domestique. C’est ça ma vie, c’est ça ma passion», répond-elle. Parlant de «carrière entachée», Séverine Chavrier estime toujours être la femme de la situation à la tête du théâtre et souhaite «connaître les raisons» de ces attaques.